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TATA Sorins. Réçit d'un soutien sans faille

Témoignage d’ Eve Bruant, inlassable pilier du soutien aux expulsés des Sorins depuis leur squat du stade André Blain. Une implication et une détermination symboliques d’une tradition montreuilloise qui donne ses plus belles couleurs au mot FRATERNITE.

Dernière minute : les familles et les enfants des Sorins scolarisés dans les écoles et les collèges de Montreuil sont menacés d'expulsion.

 « Evidemment ». L’expression vient tout de suite à l’esprit lorsqu’on pénètre dans le salon-véranda du domicile d’Eve Bruant. La grande baie vitrée en angle domine le stade André Blain à quelques dizaine de mètres en contrebas. « C’était le premier septembre en soirée, je rentrais de vacances en voiture » raconte-t-elle. « Sur le stade habituellement désert, il y avait cet énorme village de fortune. J’ai dit à mes filles « Demain, j’irai me présenter ». »

Durant l’été, les habitants du grand squat installés dans les anciens locaux de l’imprimerie de la rue des Sorins, ont été expulsés par la police sur ordre de la préfecture. Près de 250 personnes une majorité d’hommes mais aussi des femmes et des enfants se retrouvent à la rue sans la moindre proposition de relogement. Après une installation transitoire et compliquée dans le square de la place de la République, ils choisissent de s’installer dans ce stade.

 « Voilà mes nouveaux voisins »

Le lendemain, donc, Eve se rend sur place. « C’était intimidant d’aller les voir. J’ai parlé à la première personne rencontrée, Momo le cuistot. Très bien accueillie, je suis ensuite descendue au cœur du village  de toile ». Là, elle prend 2 photos avec l’accord des «Sorins ». Puis, cette femme blonde et énergique  la diffuse immédiatement sur Internet en direction des habitants du quartier avec ce commentaire : « Voilà mes nouveaux voisins ».

Eve est décidée à les aider. « J’étais choquée que chacun se renvoie la situation de ces gens comme une patate chaude. Et puis j’avais été traumatisée par la précédente expulsion des squatteurs de ce stade, il y a cinq ou six ans sous la municipalité précédente. » Un camp de roms, plus construit que celui-là, installé depuis  4 ou 5 mois. « Et un matin, ils ont été expulsés brutalement avec CRS et bulldozers. À midi, il y avait des mamans hébétées, assises par terre avec leur bébé dans les bras ».

Changer le regard du quartier

Cantinière de cinéma, Eve est habituée aux difficultés de faire à manger pour un grand nombre de personnes réunies sur un tournage en extérieur. « J’avais tout un stock de matos à mettre à leur disposition  pour faire à manger chaud dans de bonnes conditions ». Ses vieux barnums de toile rose trouvent vite un usage. « On aurait dit un campement de filles » rigole-t-elle.

L’information commence à circuler dans le quartier. « Le relais d’info assuré par l’assocation Les Butttes à Morel, qui représente un gros réseau a super bien fonctionné. Les voisins ont commencé à venir. Les gens ont porté un regard différent. Le vide-grenier du quartier où on a fait de l’info a été un moment important. L’idée c’était d’avoir une démarche juste humaine. » Et le soutien concret s’organise à grande ampleur : de la nourriture, des vêtements, de quoi tenir contre le froid, des coup de main pour laver le linge, etc  mais surtout, surtout, de la chaleur humaine.

Le soutien s’organise

« Un jour, se souvient Eve,  je suis tombé sur un voisin en train de décharger des stères de bois. J’ai demandé un coup de main aux Sorins. Ils sont venus à 25. Le bois a été dégagé en  20mn et dans une ambiance de franche rigolade. Quand le froid est venu, Jean-Louis leur a donné du bois.»

« Il y a eu plein de gens formidables ». Rosie, une antillaise, qui avait commencé à les soutenir square de la République prend en main la scolarisation des enfants. « Face à une réponse administrative et mécanique : « Pas possible ». Rosie a été voir la directrice de l’école Jules Ferry. De ce côté de là, pas de problème, il y avait de la place. Le seul problème susbistant est qu’ils n’avaient pas de papiers. Quelques coups de fil à la ville et ils ont été rapidement scolarisés. »

Il y avait cette jeune prof, Carole, qui a organisé le soutien scolaire.  « Elle a donné des cours chez moi et elle a commencé à collecter des bouquins, a inscrit les enfants à la bibliothèque, les y a amené régulièrement. »

 

Chaîne de solidari

Avec les souvenirs qui remontent, les noms se bousculent dans ce témoignage enthousiaste et chaleureux : « il y avait beaucoup de femmes, « toutes des tatas » disaient les Sorins ». Monique, une ancienne cégétiste, venait tous les jours, elle était de toutes les manifs.

« Il y avait aussi Claire, Chantal et Benoit qui ont participé à toutes les équipées nocturnes, lorsqu’on a essayé de les déménager. C’est Claire qui a fait un témoignage très important au tribunal au nom des voisins  » .

« Et puis aussi Mathilde, continue d’égréner Eve. Voisine du premier squatt rue des Sorins, elle continuait à venir régilièrement. Elle a même organisé une collecte avec les anciens voisins pour acheter des bonbonnes de gaz. » Elle se souvient également de Marie, une vieille dame qui avait du mal à marcher. « Elle se tenait au courant quand elle n’arrivait pas à venir. Elle donnait toujours un peu de sous. » Et encore « Anne qui venait du 15e avec un sac à dos plein de mandarines. Et Roseline prenant des notes pendant les points d'info, et  Hugues qui stockait des affaires des Sorins chez lui et dont le petit camion a été d’une aide précieuse. »

« Moi, je laissais mes clefs aux femmes, pour qu’elles puissent utiliser ma salle de bain pour elles et pour les enfants. J’étais vraiment dans un rapport de confiance.  les enfants avaient leur petit salon télé au chaud. Et beaucoup de réunions se sont déroulées dans cette pièce. Pendant 4 mois, il y a eu du sable en permanence dans ma maison ! »

Des liens très forts

« Les contacts avec les Sorins étaient vraiment géniaux ». Le regard de Eve s’allume. « Ce sont vraiment des gens gentils, réfléchis et respectueux ». Le repas de soutien tous les vendredis où les Sorins invitaient  leurs soutiens à manger fournissent l’occasion d’ échanges chaleureux et conviviaux quelques soient les difficultés. « Et puis le match de foot du dimanche soir entre les célibataires et les hommes mariés était un grand moment ». Les fêtes vont marquer les esprits « Ce sont de grands danseurs. Ils sont très joyeux, plein de dignité et d’humour. On a eu de grandes discussions. Par exemple : comment séduire une femme occidentale ? »

Et les soutiens ont mis beaucoup d’énergie à contrer les rumeurs sur le compte des Sorins, surtout au début. «  Leur esprit de responsabilité - par exemple, ils veillaient à ne pas gêner les activités sportives sur le stade -, la qualité des relations avec eux, nous ont beaucoup faciliter les choses . Même la police municipale, loin de tout harcélement avait des rapports super sympas avec eux ». La préparation du grand concert de soutien à l’hôtel de ville avec José qui s'arrachait ses derniers cheveux, les réunions jusqu’à plus d’heure vont contribuer encore a resserrer les liens. « Alors, quand il a commencé à faire très froid ou qu’il s’est mis à pleuvoir des journées entières, on avait pas trop de mal à se dire « il ne faut pas les lâcher », à se donner un coup de pied au derrière pour aller les voir même pour un brin de causette de quelques minutes malgré la fatigue du boulot.»

A l’abri

« Il y a eu un grand moment de déprime, lorsque le tribunal- suite à la demande du conseil général – a ordonné leur expulsion. Et puis aussitôt après il y a eu cet énorme soulagement lorsque Dominique Voynet a décidé de réquisitionner un bâtiment pour les mettre à l’abri. Les femmes et les enfants avaient déjà été installés ailleurs ». Les Sorins peuvent souffler, reprendre des forces, participer aux travaux d’aménagement du bâtiment et se recentrer sur leur combat pour obtenir une régularisation pour ceux d’entre eux qui sont sans papiers.

« Paradoxalement, depuis que leur situation matérielle s’est améliorée, c’est devenu un peu plus compliqué» . Ils sont plus isolés. Ce lieu, rue des Papillons, est très éloigné pour ceux qui les soutenaient. Les gens passent moins souvent. « Beaucoup de choses sont à refaire. Il faut nouer des contacts avec leurs nouveaux voisins. Comme il y avait eu une mauvaise expérience avec un petit squat dans le quartier, nous nous sommes mobilisés pour participer à une réunion du Conseil de quartier Villiers-Barbusse, témoigner et argumenter contre les réticences. »

Pas de répit pour les Sorins

Les repas de soutien du vendredi ont repris. Eve et d’autres ont eu à cœur de contribuer à donner une âme à ce nouveau lieu d’accueil. « On a regardé ensemble les match de foot de la coupe africaine. On a ramené de la déco et des affiches, des fauteuils pour installer un coin de convivialité. On l’appelle le « pub des Sorins » ; il y a même un jeu de fléchettes ! ».  La lueur malicieuse laisse place à un silence. « Eux , comme nous, avons connu une forme de décompression. Il n’y avait plus cette énergie dingue mise dans l’urgence de lutter pour une forme de survie ».

Parallèlement Eve a pris sous son aile le petit squat d'une famille bulgare qui s’est installée dans un coin du stade. On ne se refait pas !

Mais le répit sera de courte durée pour les Sorins. Si les hommes sont à l’abri, les femmes et les enfants protégés dans un autre lieu sont à leur tour menacés d’expulsion par l’évêché à qui appartiennent les lieux. « On va retrouver nos réflêxes, eux de combativité, nous de solidarité. Nous serons au tribunal d'instance de Montreuil (rue de l'Eglise) le 13 mars à 14h. Et on va retrouver tout le monde. » conclut Eve, calme, souriante à nouveau et incroyablement déterminée.

PF

 

 



 

Les Sorins, les réseaux, les politiques et la ville

« Quand je les ai rencontrés, un réseau de soutien "Les Sorins en lutte" s'était organisé autour d'eux. Des gens qui avaient rédigé un tract et créé
une adresse mail pour communiquer. Petit à petit, les nouveaux amis riverains ont relayé l'info. Le DAL (Droit au logement) a soutenu tout le long particulièrement au moment du concert. Mais leur action est plus stratégique et ils mettent un "coup de poing sur la table" quand c'est nécessaire.

Les Fréres musulmans ont apporté des repas chauds et des couvertures et continuent à le faire. Et bien que nombre d'entre eux soient musulmans, les Sorins n'ont pas laissé la moindre ouverture au prosélytisme.
Les liens avec les réseaux et les partis ont parfois été un peu compliqués. Et le microcosme politique de Montreuil est très codé, très biaisé et … très fatiguant. Le conseil général qui a demandé l’expulsion du stade étant à majorité socialiste et communiste, c’était compliqué pour les militants de ces partis. D'autres voulaient en profiter pour taper sur la mairie.

Garder le contrôle de leur combat
Nous, on s’est mis à l’écart de ces jeux-là. Les Sorins n’avaient rien à  y gagner. Ils l’ont vite compris. Et ils avaient besoin du soutien de tous. Ils n'ont laissé personne s'approprier leur lutte. Ce n'est pas un exercice facile, moi je pense que les réseaux sont motivés par de bonnes intentions mais que l'ingérence n'est jamais très loin.  J'ai eu la chance d'assister à des réunions incroyables le soir sans lumière ou 150 personnes prennent la parole tour à tour en Bambara, en Français, la palabre
africaine est une leçon de démocratie, croyez-moi, c'est beau.

A propos de la ville de Montreuil, moi, comme Dominique Voynet avait tenu sa parole à propos des Roms, je lui ai fait confiance quand elle a dit qu'elle soutiendrait les Sorins. Dès les premiers jours, j’ai envoyé un mail à la ville avec une photo et une question « Que vont-ils devenir ? ». Ensuite, on a toujours été dans un dialogue constructif.  Pour aboutir à cette décision rarissime, même pour les villes de gauche : réquisitionner un bâtiment pour mettre à l’abri près de 200 squatteurs africains. Comme disent les Sorins « On a besoin de quelque chose qui sorte du cœur, pas de la bouche ». »

 

 



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