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Suède : Victoire écologiste aux européennes, mais pas que...

 

Avec 15,5 % des voix, les Verts suédois font un excellent résultat aux élections européennes de mai 2014, remportant 4 des 20 sièges du pays au Parlement de Strasbourg.

 

Les élections en Suède ont laissé stupéfaits tant la classe politique que les commentateurs de la presse : les grands vainqueurs sont opposés sur la plupart des sujets. D’un côté, le parti écologiste (Miljöpartiet) qui gagne 4,4 % * avec 15,5 % des voix et un nouveau parti, féministe, qui gagne 3,1 % avec un score de 5,3 % des voix et du côté opposé, les nationalistes d’extrême-droite, le parti des « Démocrates suédois », qui avec 9,7 % des voix gagne 6,5 %. Les grands perdants sont : la droite modérée (le parti majoritaire de la coalition au pouvoir, de droite) qui fait 13,6 % (-5,2%), le résultat le plus bas depuis son score de 1973, les Libéraux avec 10 % (-3,6%) et le parti « Pirate » qui, avec 2,2 % (-4,9%) a raté le seuil minimal et qui perd ses deux sièges. Mais les sociaux-démocrates doivent également être vus comme perdants parce qu’avec à leur tête un nouveau président, un ancien syndicaliste typiquement « productiviste », masculin, partisan du nucléaire et du commerce des armes, ce parti n’a engrangé qu’un résultat similaire à celui de 2009, 24,4 % (-0,2%), lorsqu’il était dirigé par une femme plus « écolo ». Le « Parti de la Gauche » peut également se montrer déçu de ses 6,3 % (+0,6%) alors que sa présidence est nouvellement assurée par un parlementaire bien expérimenté avec ses dix années d’ancienneté au Parlement.

 

Démarche positive

Pour quelles raisons les écologistes ont-ils gagné ? La situation est plutôt curieuse : quasi tous les partis autrefois favorables à l’Europe – hormis les Libéraux fédéralistes qui, eux, ont maintenu le cap – ont, pour la première fois, fait campagne pour une réduction des pouvoirs de l’Union européenne en mettant en avant des exemples de domaines dont l’Union ne devrait pas se mêler… et simultanément, les écologistes qui, il y a à peine 6-7 ans, étaient les premiers à prôner la sortie de l’U.E, ont mis l’accent sur la nécessité de s’appuyer sur la capacité de l’UE de mettre en place des politiques environnementales audacieuses dans les matières où les frontières des Etats sont complètement inopérantes comme le climat, l’environnement, les périls chimiques, les droits de l’homme, les problèmes migratoires, etc..Dans le même temps les écologistes réitéraient leur refus d’une militarisation et de la constitution de l’Europe en super-puissance, invitant à se concentrer plutôt sur les questions communes et transfrontières. Comme l’exprime la tête de liste des écologistes Isabella Lövin : « Tous disaient aux électeurs ce que l’UE ne doit pas faire. Nous, nous leur avons dit ce sur quoi l’Union devrait plus s’activer ». Dans l’ambiance qui prévaut en Suède, toujours méfiante du centralisme et des velléités de super-puissance de l’UE mais favorable à la mise en place de politiques communes pour la sauvegarde de l’environnement, cette stratégie s’est apparemment avérée être la bonne. (...)

 

Montée des chauvinismes et du racisme

La situation a changé du tout au tout en ce sens que la critique de l’Europe par la Suède et d’autres pays du Nord était pendant des décennies une critique de gauche attachée à la défense de l’Etat providence et fondée par ailleurs sur un anti-atlantisme, un anti-colonialisme, un anti-capitalisme et un grand scepticisme quant à la liberté de commerce dont on n’avait cesse de pointer les aspects négatifs, etc.. Depuis le début du nouveau millénaire, en Suède – et antérieurement déjà dans d’autres pays européens – les opinions négatives envers l’Europe sont teintées de xénophobie, de racisme et de chauvinisme machiste.

 

Un grand changement à l'oeuvre ?

J’ai tendance à penser que les récentes élections européennes en Suède font partie intégrante d’un grand changement qui est à l’oeuvre dans le paysage politique, un paysage politique dans lequel les partis traditionnels qui traduisent des sensibilités différentes par rapport aux aspects matériels de la vie de l’être humain (la croissance, la propriété, l’intervention publique dans l’économie, etc.) seront remplacés par des partis d’une autre nature et qui joueront un rôle politique majeur. Ils seront issus de l’écologie, du féminisme et aussi, hélas, des vagues nationalistes et xénophobes. Cela ne signifie pas que les questions « anciennes », matérielles, vont disparaître, loin de là, mais elles seront abordées sous un éclairage différent.

 

Au tour de l'écologie

Il est intéressant de constater que la tendance vers cette polarisation est perceptible non seulement en Suède mais aussi dans de nombreux autres pays comme l’Autriche et le Royaume-Uni. Je crois que ce scrutin européen donne raison à Hannes Alfvén, prix Nobel de physique et chaud partisan du jeune parti écologiste suédois au début des années ’80, qui affirmait : « Le libéralisme a été inventé au 18ème siècle et a présidé au pouvoir du 19ème, le socialisme a été inventé au 19ème et a présidé au pouvoir du 20ème. La pensée écologiste a été inventée au 20ème et elle présidera le pouvoir au 21éme » .

 

Per Gahrton, ancien député écologiste européen (Miljöpartiet, Suède)



 

*Les pourcentages de différences sont en comparaison avec le scrutin européen de 2009.

 

 

 



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