Jump to Navigation

Révolution française, paysannerie et droit de la terre

La Grande Révolution, de Pierre Kropotkine. Editions du Sextant,

555 p., 26 euros.

Enfin, est réédité le livre magistral de Pierre Kropotkine, "la Grande Révolution". La première édition datait de 1909 (Editions Stock). Elle n'était trouvable que sur les librairires via Internet. La suivante (Editions du Monde libertaire) datait de 1989 ; on ne pouvait la trouver que chez les bons bouquinistes. On se souvient que les historiens russes ont particulièrement marqué l'histoire rurale de la Révolution française : Louchitsky, Karéiev, Kovalevski, jusqu'à Anatoli Ado qui a découvert les cinq jacqueries rurales de 1789 à 1792. Kropotkine, lui, s'est attaché dans son oeuvre magistrale à distinguer la lutte pour les terres communales, l'abolition définitive des droits féodaux, et l'obtention des biens nationaux.

L'ordonnance de 1669, tout d'abord, permettait, par le triage, que le seigneur s'approprie « un tiers des terres appartenant aux communes qui avait été autrefois sous sa gouverne et les seigneurs s'empressèrent de profiter de cet édit pour saisir les meilleures terres, surtout les prés, dont les communes villageoises avaient besoin pour leur bétail ». L'idée de partager ces terres communales « souvent soulevée par les bourgeois des villages, n'étaient nullement approuvée par la grande masse des paysans français, pas plus qu'elle n'est approuvée par les paysans russes, bulgares, serbes, arabes, kabyles, hindous et autres, qui vivent jusqu'à nos jours sous le régime de la propriété communale ». Après la chute des Girondins, les 31 mai et 2 juin 1793, la Convention votait une grande loi sur les terres communales le 11 juin « qui représente une des lois les plus riches en conséquences de la législation française; Par cette loi, toutes les terres enlevées aux communes depuis deux siècles (...) devaient leur être rendues, ainsi que toutes les terres vaines, vagues, de pacage, landes, ajoncs, etc., qui leur avaient été enlevées d'une façon quelconque par des particuliers, y compris celles pour lesquelles la Législative avait établi la prescription de quarante années de possession ». Cette législation subsista au Directoire, au Consulat et à l'Empire. « Il y avait trop d'intérêts établis de la part des paysans pour qu'on pût les combattre efficacement. »

Mieux : la Convention abolit définitivement les droits féodaux, qui n'avaient été en fait supprimées dans la nuit du 4 août 1789 qu'en versement d'une indemnité. « Tout droit issu du contrat féodal cessait d'exister purement et simplement. » « Maintenant, la Convention frappe un coup vraiment révolutionnaire. (....) Votre fermier tient-il votre terre sous une obligation de caractère féodal ? Alors, quel que soit le nom de cette obligation, elle est supprimée sans rachat. Ou bien votre fermier vous paie une rente foncière qui n'a, elle, rien de féodal, mais en plus de cette rente vous lui avait imposé un fief, un cens, un droit féodal quelconque ? Eh bien, il devient propriétare de cette terre, sans rien vous devoir. » Cette mesure ne fut pas abolie par la réaction. La législation issue de la Révolution du 31 mai-2 juin eut aussi un effet salutaire sur la vente des biens nationaux (les biens du clergé, puis ceux des émigrés). « Jusqu'alors cette vente avait profité surtout aux riches bourgeois. Maintenant, les Montagnards firent en sorte que les terres mises en vente pussent être achetées par ceux des citoyens pauvres qui voulaient les cultiver eux-mêmes. » Là où la Révolution entraîna les paysans, de grandes quantités de terres leur furent allouées.

Comme on le voit, la Révolution française fut bénéfique également aux pauvres, contrairement à une vulgate libérale conservatrice incarnée par François Furet. Et n'oublions pas que les paysans sont 80% de la population française à cette époque.

Jean-Louis Peyroux



Main menu 2

Souscrire au Citron Vert - Montreuil RSS
by SEMI-K.