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Résultats de Durban : comment continuer à voir vert (quand tous les voyants sont au rouge)?

La Conférence des Nations Unies sur le changement climatique de Durban (ou COP17) s’est terminée ce dimanche 11 décembre après plus de 30 heures de prolongations. Les négociateurs ont donc travaillé jusqu’à épuisement total avant de se résoudre à signer le « paquet de Durban ». Négociations réussies ou échec inadmissible? La presse nous dresse un portrait mi-figue mi-raisin de la copie des négociateurs. Et le Citron Vert alors, qu’en pense-t-il ?

Pour se faire son avis, le Citron Vert a eu l’occasion d’assister ce mardi soir à une conférence organisée par l’Association 4D qui rassemblait un joli panel composé de représentants des ONG, des syndicats, des cités et gouvernements locaux, et un éminent expert des négociations internationales sur le climat[1].

Commençons par rappeler les principaux éléments du texte sorti de Durban

  • Le Protocole de Kyoto (instrument le plus abouti de l’action international contre le changement climatique) est sauvé, même s’il a été lâché par le Canada, la Russie et le Japon.
  • Un groupe de travail est établi, qui doit proposer d’ici 2015 au plus tard un accord mondial qui englobe tous les pays et qui doit entrer en vigueur à partir de 2020.
  • Les pays « prennent note » de l’écart significatif entre ce que préconise la science et les actions promises jusqu’ici par les pays et note qu’il faut « relever les niveaux d’ambitions » de réduction.
  • Certains éléments décidés à Cancun ont progressé, comme par exemple l’organisation d’un Fonds Vert pour le climat ou l’intégration de l’agriculture dans les actions. D’autres, comme le sujet des Forêts (REDD) ont bloqué.                                                                                              

Durban : "un crime contre l'humanité" ?

Alors que tous les négociateurs savent très bien (ou sont censés savoir) quels sont les enjeux derrières ces grandes réunions internationales- les Organisations de la société civile et les récents et alarmants rapports des organisations internationales ne manquent pas de leur rappeler- on peut se dire, à voir leur copie, qu’ils se paient vraiment notre tête, qu’ils sont irresponsables, et on se demande alors ou est leur légitimité à nous gouverner. Climate Justice now, une coalition d’ONG internationales qui regroupe notamment ATTAC et les Amis de la Terre International s’indigne et estime que les décisions prises à Durban, (ou les non-décisions) « constituent un crime contre l’humanité ». Concrètement, il y a du vrai : l’enjeu et les solutions sont connus, mais une bonne partie des négociateurs, poussés notamment par les lobbys pétroliers et des visions purement égoïstes décident de ne pas agir. Les positions des Etats-Unis, de la Russie du Canada ou de l’Australie (entre autre) sont à ce titre exaspérantes. Difficile pour nous aussi au Citron Vert, de contenir notre colère face à cette irresponsabilité et cette terrible lenteur des négociations. Nous pensons que les bloqueurs devront payer pour leurs actes.

Des avancées quand même

Cependant, même les représentants des ONG le reconnaissent, il y a eu des avancées, et le texte de Durban n’est pas vide. Le processus de négociations internationales ne s’est pas écroulé comme cela aurait pu arriver. L’expérience du protocole de Kyoto, initiative pionnière, continue et permettra de tirer des enseignements et de montrer la voie. Les pays ont tout de même décidé de préparer un accord qui englobe tous les pays d’ici 2015, qui permettra de prendre en compte les évolutions de la situation internationale. L’Union Européenne a réussi à mettre en place une coalition de taille autour des pays qui veulent réellement avancer, et qui regroupait à Durban les 3/5 des pays du monde. Le clan des progressistes prend donc de l’avance.

De même, Ronan Dantec, Président de l’organisation Cité et Gouvernement Unis, nous rappelle que, pendant que les Etats négocient, des villes et gouvernements locaux agissent. Les échelles locales sont en effet celles où sont réellement concrétisés les principes de développement durable. Et sur ce point, les choses avancent vite. En montrant des projets concrets, en étant le laboratoire des grands principes discutés dans les grands rendez-vous comme Durban, les villes créent une dynamique positive qui prépare le terrain à un accord ambitieux.

Côté syndicats, les choses avancent également.

Alors qu’il y a quelques années encore, ils s’opposaient en masse à l’essentiel des mesures environnementales car craignant que cela se répercutent sur les emplois, la prise de conscience que la lutte contre le changement climatique est également une opportunité de création d’emploi et de repenser le travail a fini par gagner du terrain. Comme l’expliquait à cette conférence Thierry Dedieu de la CFDT, il est nécessaire de prendre le temps d’assurer et d’organiser la transition des travailleurs dans les secteurs polluants vers le secteur des technologies propres et vers l’économie verte et un nouveau modèle de développement.

Etant donné l’importance de l’accord international qui s’impose et tout ce qu’il implique, on peut finir par comprendre qu’il soit nécessaire de prendre quelques années (3-4, pas 20 !) pour assurer des bases solides, équitables et donc légitimes pour l’ensemble de la communauté internationale. Car ne nous trompons pas, derrière la nécessité d’un accord international efficace de lutte contre le changement climatique, c’est l’ensemble des relations internationales et du modèle économique de développement qui se joue. On ne pourra pas sauver le climat sans prendre en compte l’ensemble des aspects de la crise économique, financière et écologique mondiale. Ni nous ne pourrons espérer améliorer le bien être des populations sans lutter contre les dangers du changement climatique. Nous ne justifions pas ainsi le nombre des années perdues face à l’urgence climatique mais cherchons à prendre conscience de l’ampleur des changements nécessaires. Ainsi explique Pierre Radane, expert des négociations internationales sur le climat, ce qui sera sur la table des négociations d’ici les 3 prochaines années ce sera le retour ou une réforme de la régulation de l’ensemble des sujets internationaux (Justice/ équité, monnaie, commerce, scénario de développement…). Dans quelques mois auront lieu le G20, suivi d’un très grand rendez-vous : Rio+ 20. C’est une opportunité à saisir pour travailler ensemble vers un nouveau modèle de régulation internationale qui soit au service d’un nouveau modèle de développement, porté sur l’épanouissement humain et la préservation de l’environnement, au bénéfice de tous. Nous sommes de plus en plus nombreux, en Europe comme en Chine, à aspirer à cette alternative.

Agir ici et maintenant

Le temps presse et il est urgent retourner l’équilibre des forces pour que 2015 voit naître un réel accord international digne de ce nom face à l’enjeu climatique. Pour cela, il faut parvenir à mettre les politiques face à leur responsabilités et faire en sorte qu'ils ne bradent pas la énième « dernière chance » que constituent ces 3 prochaines années riches d'événements internationaux. Que pouvons nous faire de notre côté ? Continuons à mettre la pression sur les politiques, voter et manifester en conséquence mais surtout, n'attendons personne pour agir et montrons aux sceptiques du monde entier, par nos propres comportements et nos choix électoraux qu’un autre modèle de développement est possible est bénéfique à tous! Soyons les pionniers de ce nouveau modèle!

 

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