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Rencontre avec Issa Cissé, représentant des expulsés des "Sorins"

Dernière minute. Dominique Voynet, maire de Montreuil, réquisitionne d'anciens ateliers de menuiserie de l'OPHM pour mettre à l'abri durant l'hiver, 190 célibataires anciens expulsés des "Sorins", accueilis provisoirement au gymnase Henri Wallon. Plus d'infos.

Arrivé récemment à Montreuil, j’ai très rapidement entendu parler du « dossier » des Sorins. Après m’être renseigné sur leur longue aventure, j’étais passé les soutenir le jour du procès au Tribunal Administratif le 9 décembre, qui devait prononcer leur expulsion du terrain de foot André Blain. Les Sorins avaient gagné un peu de répit. L’expulsion n’avait pas été déclarée. Mais quelques jours après, c’est la tempête qui a fait bouger les Sorins, la Mairie ayant décidé, au vu des risques, de leur offrir un abri d’urgence au gymnase Henri Wallon. Quelques heures avant que les vents ne se lèvent sérieusement, j’étais allé rencontrer Issa Cissé, le représentant des Sorins, qui a pu m’expliquer ses sentiments face à la situation. Voici un retour de cette rencontre fraternelle.

Arrivé à l’entrée du stade je constate que la présence des Sorins ne diminue en rien la fréquentation des terrains de pétanque par les riverains. Quelques mètres plus loin, deux lignes de cabanes de toile bleues et violettes, des fameuses tentes Quechuas et autres types de logement de fortune longent les extrémités du terrain qui, lui, est laissé libre. Les bordures et l'alignement des abris assurent une meilleure sécurité faces aux vents et à la pluie qui se font de plus en plus menaçants. Le campement semble quasiment vide en ce milieu d’après-midi. Mais difficile de deviner combien de personnes se trouvent à ce moment même sous tous ces carrés de toile.

Fraternité autour d'un mafé

Je m’approche d’un des abris qui sert de cuisine collective où on prépare le mafé et où on me désigne la tente dans laquelle je devrais trouver le représentant des Sorins. L’intéressé, que quelqu’un a informé de ma visite m’invite à le rejoindre parmi une dizaine de ses compagnons déjà présents. Ils semblent s’être habitués à ce type de visite. Les compagnons, assis sur des fauteuils récupérés qui cerclent une petite table et une radio laissent leure leader mener la danse. Dans un ton d’entrée de jeu fraternel, nous commençons à discuter de l’aventure et du sort des Sorins. L’humeur et plutôt bonne et victorieuse du fait que le Tribunal n'avait pas encore prononcé leur expulsion. 

Comme je m'étais présenté comme membre du groupe EELV de Montreuil, il me fait remarquer avec un brin d’ironie que les Sorins mettent largement en pratique les principes de l’écologie. Depuis des mois, ils se logent avec des matériaux de récup. Empreinte écologique: zéro! 

Puis, m’offrant à partager son mafé, il m’explique son désarroi par rapport au comportement de la France vis-à-vis des travailleurs africains:

« Les gens et les autorités expliquent qu’ils ne peuvent pas accueillir toutes les misères de l’Afrique. Par contre quand il s’agit de s’en approprier les richesses, il n’y a pas de problème! Tous les jours ce sont des milliers de travailleurs africains, qui, dans des conditions déplorables, la plupart du temps au noir, assurent le confort des français en fournissant une main d’œuvre bon marché pour la construction des routes, des métros »… La France est riches des richesses de l’Afrique : Cuivre, Or, café… ».

Il estime que tous, parmi eux, qu’ils soient sans-papier ou non, ont la légitimité à être sur le territoire français. « On nous dit, pour certains, sans-papiers. Mais nous ne sommes pas des sans-papiers. Nous avons construit et construisons la France, à travers les richesses naturelles et humaines apportées. Nos grands-parents étaient français. Beaucoup sont morts sous les drapeaux! Nous ici, venons tous de pays francophones. J’aime la France, je suis fier de parler français. Je suis venu ici pour voir si la réalité que je n’ai pas pu voir en Afrique était en France ».

Colère et incompréhension

« La France nous dit de rester chez nous. Mais c’est elle qui nous y chasse. C’est la France qui met la jeunesse africaine, au chômage en étouffant son économie, en s’appropriant ses terrains, ses richesses. La jeunesse africaine, qui a étudié, qui est cultivée, aurait pu développer l’économie et trouver du travail. Mais ce sont les sociétés françaises qui gèrent nos ressources. Face à la crise financière, ils ont encore poussé à dévaluer le Franc CFA. L’Afrique va encore soutenir l’économie européenne. Nous en sommes au point d’être contents de voir arriver les chinois. Désormais, nos richesses, nous les donnerons au chinois. On verra ce que diront les Européens ».    

Cissé reçoit un coup de téléphone. Lui et son groupe vont se diriger vers l’ambassade du Burkina Faso. Ils vont manifester contre le projet de construction d’un aéroport. « Si les Africains ne peuvent pas circuler librement, à qui va servir cet aéroport? Pourquoi brader autant de terres cultivables pour un aéroport dont ne pourra pas profiter le peuple africain? » Pour qui, me redemande-t-il, allons nous construire cet aéroport ?

Avant de les laisser partir à cette manifestation, je leur demande comment cela se passe au niveau de la santé face à des conditions de survie aussi précaires. « Nous ne sommes que très peu aidés, me dit-il, mais heureusement, nous avons en nous des vaccins naturels. C’est ça qui nous fait tenir . Mais ce ne sont pas des conditions pour vivre convenablement. Nous devons être relogés, la France nous doit au moins ça ». Un message pour ceux qui liront cet article? « Venez à notre rencontre, venez ajouter votre voix pour notre relogement et notre régularisation".

La situation des Sorins est emblématique de la politique de l'Etat qui n'assume pas ses responsabilités face aux demandes des travailleurs étrangers et demandeurs d'asile et préfère expulser sans compter plutôt que mener une politique d'ouverture face à ces populations. C'est l'Etat qui a expulsé les Sorins de l'ancienne imprimerie sans se soucier de leur sort, et qui était prêt à faire de même pour le campement du stade à la demande du Conseil général du 93. Et nous tenons à préciser que c'est la ville de Montreuil qui, face à cette détresse, assume ses responsabilités au delà de ses compétences, notamment en leur offrant un abri d'urgence depuis la semaine dernière et en cherchant avec opiniâtreté, en collaboration avec tous ceux qui les soutiennent, une solution humaine et acceptable à cette situation. 

PB

En direct du tribunal administratif, le vendredi 12 décembre  :

http://www.lecitronvertmontreuil.fr/content/partie-remise-pour-les-sorins

Dominique Voynet, réquisitionne d'anciens ateliers de l'OPHM pour abriter durant l'hiver 190 explusés des Sorins :

http://montreuil-vraiment.fr/2011/12/22/expulses-sorins-refuge-montreuil

 

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