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Paysan dans les jardins de ses voisins

Stéphane Kulesza devant un poirier dont il a la charge et qui s’épanouit dans le

Stéphane Kulesza cultive ses fruits et légumes dans les jardins de son quartier, les transforment chez lui et les vend aux membres de son association, jardicité (1).

 

Le paysan des jours nouveaux se trouve à la sortie du métro, ou presque. Il faut d’abord traverser le chantier de milliers de mètres carrés de bureaux, dernier avatar d’un monde finissant, pour arriver dans une rue pavillonnaire de Villejuif, banlieue sud de Paris.

Cela faisait quelques années que l’idée travaillait Stéphane. De sa formation d’ingénieur en système de l’information et de son parcours professionnel perduraient quelques principes : « Imaginer, tenir compte des besoins, adapter… ». Mais aussi construire autre chose en termes de société. La création de nouveaux emplois locaux, la vitalité d’une large biodiversité cultivée, la régénérescence des sols, la proximité et la connaissance des productions et des producteurs sont les mots clés de jardicité dont la création s’inscrit, comme le précise ses statuts, « dans un contexte de crise environnementale (pollution, réchauffement climatique, perte de la biodiversité), de questionnement sur la qualité des aliments industriels et d’augmentation des coûts de l’énergie. »

Le concept germe en 2006 ; en juin 2008, les statuts de l’association sont déposés. Dans le bulletin du quartier se lit : « Certains propriétaires, parce qu’ils n’en ont pas le temps ou l’envie, ne s’occupent pas de leur terrain. S’ils sont prêts à ouvrir leur porte, jardicité cultive et entretient alors gratuitement une partie du terrain, taille un poirier, associe fleurs et légumes, herbes aromatiques, tomates de toutes formes et couleurs, sans pesticide. En contrepartie, l’association garde l’essentiel des récoltes pour les vendre en produits frais ou transformés. » Stéphane apprend sur le tas, dans les livres ou au cours de quelques stages.

Les jardins sont aujourd’hui une quinzaine, dans un rayon de moins de deux kilomètres ; le paysan jardinier se déplace à pied ou à vélo. La plus petite parcelle mise à disposition n’excède pas cinq mètres carrés, la plus grande approche les 500 m2. A cela s’ajoutent une vingtaine d’arbres fruitiers (poiriers, cerisiers, pruniers principalement), bien vieux pour la plupart, concédés sous réserve de leur régénérescence et de leur entretien.

Il n’y a pas vraiment de contrat entre le propriétaire et le jardinier, c’est une question de confiance, mais un modus operandi est établi pour que tout soit clair : accès, usage de l’eau, mise à disposition d’une partie des récoltes ou pas, demande paysagère…

Les produits sont vendus via Internet. Un site, à l’accès réservé aux adhérents de l’association, tient à jour les denrées disponibles, avec quantités et prix. Les clients-associés vont y remplir leur panier virtuel quand bon leur semble, avant de venir chercher le tout lors des deux permanences tenues pour cela chaque semaine par Stéphane, à son domicile. Mais des produits peuvent aussi être cueillis à la demande, ou livrés en cas de besoin dans les 24 heures.

L’inventaire des productions rappelle celui de Prévert : une trentaine de confitures, gelées, marmelades, huit sirops ou pâtes de fruits, une quinzaine de variétés de compotes et compotées, de fruits au sirop, des soupes, jus de tomates, ketchups, chutneys, une demi-douzaine de sauces à base de tomates fraîches, une quinzaine d'herbes aromatiques, des légumes et fruits frais, dont plus de 70 variétés de tomates…

Jardicité compte une cinquantaine de membres. L’idéal de viabilité tournerait autour de deux cents, pour dégager avec la seule production l’équivalent d’un smic. Pour l’heure, le temps manque qui permettrait de prendre en charge d’autres jardins. Le temps, ou l’aide bénévole, pour aider par exemple à gérer le site Internet ou installer dans les jardins volontaires des composteurs. Une idée répond en partie au problème, baptisée jardifaisant : les adhérents apprennent avec Stéphane, en « mini stage », à jardiner ou à transformer, et du coup c’est toujours ça de fait !

La fortune n’est pas l’objectif fixé. Le revenu actuel de notre paysan urbain se construit sur le « salaire » versé par l’association en fonction des recettes (ventes, adhésions…), mais aussi sur la prestation de services paysagers dans d’autres jardins, ou la rémunération d’animations « jardinage » dans un parc départemental et auprès de la Maison pour Tous de Villejuif, enfin sur l’autoconsommation d’une partie des récoltes.

Jardicité est une utopie en marche, dans les jardins au cœur de la cité. Qu’écrivait encore Prévert, titi des faubourgs parisiens ? « Notre vie n'est pas derrière nous, ni avant, ni maintenant, elle est dedans. »

 

Benoît Ducasse

 

Pour écrire à Stéphane Kulesza et à l’association Jardicité : contact@jardicite.asso.fr

 

Photo : Stéphane Kulesza devant un poirier dont il a la charge et qui s’épanouit dans le jardin d’un de ses voisins, à trois portes du sien.

 

(1) jardicité comme félicité, d’où le nom sans majuscule…

« Certains propriétaires, parce qu’ils n’en ont pas le temps ou l’envie, ne s’occupent pas de leur terrain. S’ils sont prêts à ouvrir leur porte, jardicité cultive et entretient alors gratuitement une partie du terrain, taille un poirier, associe fleurs et légumes, herbes aromatiques, tomates de toutes formes et couleurs, sans pesticide. En contrepartie, l’association garde l’essentiel des récoltes pour les vendre en produits frais ou transformés. »



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