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Les droits des femmes ont ils véritablement évolué ?

Egalité salariale pour les femmes

Dessin publié avec l'aimable autorisation de Sarah Fouquet en référence au Femen, mouvement féministe ukrainien qui a organisé à Kiev des manifestations seins nus pour dénoncer le problème de la prostitution en Ukraine et mettre en garde contre le développement du tourisme sexuel pendant l'Euro 2012.

 

A cette question, posée à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes (8 mars), il convient de répondre plutôt par l’affirmative, notamment au regard de l’évolution législative depuis cinquante ans. Mais si  les  femmes ont pu accéder à de nouveaux droits  et  acquérir davantage d’autonomie, c'est aussi car ces textes sont  issus de la lutte du mouvement de libération des femmes ou se  sont inscrits dans de vrais débats de société,  faisant parfois suite à de tragiques « faits divers » ayant contribué à révéler l’inacceptable.

Citons par exemple la loi Neuwirth (1967) qui permit aux femmes d’accéder à la contraception, et au travers de la maîtrise de la fécondité de  disposer de la pleine maîtrise de leur corps. Nouvelle liberté qui mit les femmes en mesure de se réapproprier  leur avenir et d’accéder à d’autres responsabilités que celles dévolues au cercle familial. Ou bien encore la loi Veil autorisant et encadrant l’IVG promulguée le 17 janvier 1975 après des débats houleux à l’Assemblée nationale.

Dans la famille, dans la sphère professionnelle, en politique, en France la situation des  femmes a évolué de manière positive, mais l'égalité n'est pas pour autant pleinement réalisée

Dans la famille, l’exercice en commun de l’autorité parentale que les parents soient mariés, concubins, divorcés ou séparés (1993), la création du congé de paternité (2002) ont par exemple constitué des changements notables. Environ deux tiers des pères ont aujourd’hui recours au congé de paternité. Et surtout, plus nombreux sont ceux qui, aujourd’hui estiment, qu’il convient de faire aussi évoluer la situation des hommes, pour que la situation des femmes et des hommes s’en trouve améliorée, tant à l’intérieur de la famille que sur le plan de l’insertion professionnelle.

Les violences au sein du couple

Pendant longtemps les violences au sein du couple ont été considérées comme relevant de la sphère privée, et n'avaient donc pas vocation à être prises en compte par les pouvoirs publics. Aujourd’hui, à l’exception de l’immunité existante en matière de vol entre époux, le droit condame les infractions commises au sein du couple (violences physiques, verbales, économiques…) en alourdissant les peines du fait que les infractions ont été commises sur la personne partageant ou ayant partagé la vie de la victime. Si la loi du 9 juillet 2010 a complété les mesures de protection de la victime introduites en 2005 et 2006, grâce  au dispositif de l’ordonnance de protection ( délivrée en urgence par le juge aux affaires familiales si les violences exercées au sein du couple ou par un « ex » mettent en danger la victime ou ses enfants), la mise en oeuvre de cette dernière est loin  d'être satisfaisante.

Le bilan est en demi teinte en matière d’égalité professionnelle puisque les lois se succèdent depuis une trentaine d’années et peinent à être appliquées ; En effet, dès 1972, la loi a fixé le principe d’interdiction de l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes. Par ailleurs c’est en 1983 que la loi Roudy a posé le principe de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, dont les dispositions ont été renforcées en  2001 et 2006.

Sanctionner les entreprises de plus de 50 salariés qui n’agissent pas face aux inégalités professionnelles entre femmes et hommes, c’est finalement ce que prévoit l’article 99 de la loi du 9 novembre 2010 réformant les retraites, dont les mesures ne sont entrées en application qu’au 1er janvier 2012 . Autant de péripéties, qui,  il faut l’espérer, parviendront à résorber les écarts de salaire, bien que le décret d'application n’affaiblisse la portée du texte, tant sur les modalités de la sanction financière que sur la négociation salariale .

Toutefois ce ne sont pas seulement les inégalités salariales qui  persistent : Les femmes demeurent en effet d’avantage touchées par le chômage et l’emploi précaire, et peinent à accéder à des postes de responsabilité. L’équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale  est loin d’être atteint, et les femmes en sont les grandes perdantes. A mettre également en perspective avec  l’avènement  massif des femmes sur le marché du travail dans la deuxième moitié du vingtième siècle, dont on n’a probablement pas su tirer toutes les conséquences ; Aujourd’hui les femmes représentent 47,7% de la population active .

En politique

Le 8 juillet 1999, la constitution française est modifiée par l’introduction de l’alinéa suivant à l’article 3 : « la loi favorise et permet l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et- aux fonctions électives »  Petite révolution… qui entraînera quelques mois plus tard le vote de la loi du 6 juin 2000 sur la parité en politique, qui oblige les partis politiques à présenter un nombre égal d’hommes et des femmes lors des scrutins de liste et prévoit des pénalités financières pour les partis politiques qui ne respecteraient pas le principe de parité pour la désignation des candidats aux élections législatives.

D’autres lois seront adoptées par la suite, notamment les lois du 11 avril et 30 juillet 2003 réformant respectivement les modes de scrutin des élections régionales, européennes et sénatoriales, et la loi du 31 janvier 2007 qui impose notamment une alternance femmes hommes dans la composition des listes électorales municipales.

La situation reste mitigée : Si cette législation a permis à de nombreuses femmes d’entrer dans les conseils municipaux, combien d’entre elles sont aujourd’hui maires… ? En France contrairement à de nombreux pays occidentaux,  les femmes restent très minoritaires parmi les élus. Ainsi en 2010, seul un parlementaire sur cinq est une parlementaire. Par ailleurs la vigilance s’impose toujours, par exemple au regard des effets induits sur la parité par la prochaine réforme des collectivités territoriales.

Ce ne sont pas tant les avancées législatives, que les dispositifs publics ou les différents organismes créés pour leur donner une pleine efficience qui permettront désormais d’avancer- l’arsenal législatif étant en effet assez complet ; A condition de ne pas créer des coquilles vides ou de multiplier les structures travaillant sans se concerter…

Ce sont aussi des campagnes d’information adéquates qu’il convient de mettre en œuvre, tant pour informer sur l’arsenal législatif existant, que pour continuer à dénoncer des infractions relevant de la discrimination ou des violences, voire débusquer des comportements relevant du "sexisme ordinaire".

Ainsi donc il reste fort à faire…Et on a même parfois l’impression de véritables retours en arrière… Si la presse a parfois servi la cause des femmes dans les années MLF, on peut s’interroger sur son rôle aujourd’hui, en particulier au travers des clichés et stéréotypes qu’elle continue de véhiculer, parfois même  à son insu. L’image de la femme dans les médias a ainsi fait l’objet des travaux d’une commission de réflexion dont le rapport a été rendu public en  septembre 2008  et qui s‘attache à comprendre pourquoi les femmes restent trop souvent invisibles et inaudibles .

Le traitement médiatique de ce qu’on appellera « l’affaire DSK »fournira une autre illustration de la marge de progrès à  accomplir.

Mais c’est probablement en terme d’éducation, que les efforts devraient aujourd’hui converger. L’éducation à l’égalité doit être envisagée dès le plus jeune âge, mais il importe aussi que les différents acteurs du système scolaire participent à la réflexion autour des enjeux d’égalité:  l’institution scolaire doit, elle aussi, être vecteur de changement. Les enjeux sont de taille, car les rôles de genre,  producteurs d’inégalités et de discriminations, notamment car ils reposent sur une hiérarchie de valeurs entre le féminin et le masculin, sont encore très peu remis en cause.



 

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