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"Le nucléaire, une névrose française". Interview de l'auteur, Patrick Piro.

Patrick Piro est journaliste indépendant, spécialiste des questions d’énergie et d’écologie, notamment au sein de l’hebdomadaire Politis. Dans Le nucléaire, une névrose française, qui vient de paraître aux Éditions Les Petits Matins, il montre en quoi la catastrophe de Fukushima est venue ébranler les certitudes de nombreux Français sur la question du nucléaire civil. Petit à petit, le mythe du nucléaire français, qui explique son hégémonie, s’effrite. Les dossiers chauds sortent du placard, et la société bouge. Le Citron Vert a rencontré Patrick Piro, pour mieux comprendre les enjeux de ce petit ouvrage à mettre entre toutes les mains. Une longue interview très argumentée.

Citron Vert : Comment vous est venue l’idée d’écrire ce livre ?

Patrick Piro : C’est un peu naturel après Fukushima. Je suis rapidement envahi par un flot d’impressions, de réflexions qui me mènent à la conclusion que cette catastrophe est un événement majeur, pour la technologie nucléaire, pour le Japon et pour le monde occidental. Plus que ça, cela vient compléter ma réflexion sur la technologie, ses évolutions et son articulation avec la démocratie.

Fukushima nous oblige à entrer dans une ère de réflexion nouvelle, et il se trouve qu’en France on est à un an de l’élection présidentielle. C’est une coïncidence fortuite de dates qui est très intéressante pour le débat. On est à la fois suffisamment éloigné de cette date pour que les réactions ne soient pas uniquement épidermiques, émotionnelles ou idéologiques, pouvant mener à des positions non réfléchies. Mais on est aussi suffisamment proche pour avoir le temps d’élaborer une réflexion et des propositions pour l’élection présidentielle avec les partis politiques qui le voudraient bien. Sachant que je suivais de longue date par ailleurs les questions d’écologie et d’énergie dans mon métier de journaliste.

CV : Vous mettez bien en évidence, dans le livre, le consensus partisan en faveur du nucléaire qui a longtemps régné en France. Comment l’expliquez vous ?

PP : Il trouve ses origines dans deux grandes circonstances.

La première, c’est la filiation du nucléaire civil en France, qui est un enfant bâtard du nucléaire militaire. La France a voulu se doter du nucléaire militaire au sortir de la seconde guerre mondiale pour pouvoir justifier d’un statut de grande puissance dans le concert international. Cette course à la bombe lui a permis de développer une expertise technologique en la matière. Or, la technologie de la fission nucléaire est la même quand il s’agit de faire une bombe ou de faire chauffer de l’eau dans une chaudière nucléaire. Évidemment, ce n’est pas exactement le même processus, mais, c’est une physique qui est tout à fait apparentée. A tel point que l’Agence International de l’Energie Atomique (AIEA) a pour objet à la fois de développer le nucléaire civil dans le monde et d’empêcher la prolifération de l’arme nucléaire. Les deux sont toujours intimement liés. On le voit bien dans le cas de l’Iran aujourd’hui.

En ce qui concerne la France, après avoir développé la bombe, on a développé ; avec les mêmes ingénieurs du CEA, le nucléaire civil. Cela s’inscrit dans la volonté d’assurer à la France un statut de grande puissance internationale, y compris sur le terrain du nucléaire civil. On souhaitait vendre la technologique nucléaire à l’étranger, comme on avait pu le faire avec d’autres technologies françaises (Concorde, TGV, etc.)

La deuxième circonstance, c’est le choc pétrolier de 1974. L’électricité française était jusque là essentiellement produite par des centrales au fioul. Face à l’envolée des prix du pétrole, la France décide de lancer un gigantesque plan d’équipement de centrales nucléaires au nom de son indépendance énergétique (en fait, uniquement son indépendance électrique. Il faut rappeler que, si le nucléaire assure 75% de la consommation d’électricité, il  n’assure que 17% de la consommation finale de toutes les énergies en France).

CV : Quelles sont les bases de ce consensus politique, à gauche notamment  ?

PP : Le consensus politique est donc fondé sur ces deux piliers : la volonté d’assurer un statut de grande puissance internationale et la conviction qu’il faut échapper à la dictature du pétrole, notamment moyen-oriental. Il n’y a pas eu de débat sur ce grand plan, pas de discussion ni de vote au parlement en 1974 (le programme est présenté par Pierre Messmer, premier Ministre de Pompidou). Seul le Parti communiste français (PCF) râle un peu parce que la France a choisi la technologie Westinghouse (américaine) et laissé de côté la technologie  développée en France, la technologie graphite gaz qui était jusqu’ici utilisée (cette technologie a d’ailleurs été à l’origine des deux plus grands accidents nucléaires en France, à la centrale de Saint-Laurent des Eaux)  Les Communistes râlent donc uniquement au nom du nationalisme technologique.

À gauche, on râle aussi un peu au moment de Superphénix, au moment de la grande manifestation, qui se conclue par la mort de Vital Michalon, en 1977. A ce moment là, les Socialistes émettent de sérieuses réserves, mais ça ne va pas beaucoup plus loin.

Quand la gauche arrive au pouvoir en 1981, elle ne fait quasiment rien. Pourtant, François Mitterrand avait, dans l’une de ses 110 propositions, dit qu’il consulterait les Français, ce qui n’a jamais eu lieu, ou que le programme nucléaire ne serait pas relancé, ce qui s’avérera faux également. C’est même le contraire : Mitterrand accélère le programme nucléaire et lance la filière Mox. L’espoir éventuel que la gauche puisse tenir un autre discours tombe donc complètement à l’eau.

Le consensus perdure jusqu’au début des années 2000, quand le PS se met à râler un peu lors du lancement de la filière EPR, en argumentant uniquement sur les aspects d’utilité et de coût, sans jamais remettre en cause le programme nucléaire en tant que tel. Pendant toutes ces années là, ce sont donc essentiellement et exclusivement les Écologistes qui tiennent un discours d’opposition au nucléaire constant.

CV : Comment expliquez vous cette spécificité française, qui tranche avec les débats qui ont lieu dans les pays voisins ?

PP : Il y a deux grandes raisons à cela.

La première, c’est la spécificité française en matière de mix énergétique. La France est le seul pays à avoir constitué une telle hégémonie de la filière nucléaire pour la production d’électricité. Le pays qui arrive au second rang au Monde, c’est la Belgique qui doit être à 52-53% d’électricité nucléaire. La France, c’est 75%. De ce point de vue, c’est un cas unique.

La deuxième raison, c’est la force de la sensibilité écologiste. L’Allemagne a décidé de sortir du nucléaire, en s’appuyant sur une tradition écologiste ancrée et ancienne. Il y a eu en Allemagne des batailles très virulentes contre le nucléaire, batailles liées au pacifisme et à l’antimilitarisme également.

Dans les autres pays, la situation est différente. En Italie, il y a eu un référendum en juin 2011 sur la relance du programme nucléaire. Il faut se rappeler que le programme nucléaire italien avait été arrêté après Tchernobyl. Le référendum portait sur la relance de 4 réacteurs et il n’est pas passé. Mais il faut garder en tête qu’il est plus facile de ne pas rentrer dans le nucléaire plutôt que d’en sortir, surtout quand le nucléaire fournit 75% de l’électricité d’un pays.

Les pays comme la Suède avaient décidé de sortir. Aujourd’hui, ils reparlent du programme nucléaire car ils souhaitent aller vers un modèle « zéro carbone ». Donc, ils ont fait un choix énergétique de légère reprise du nucléaire. Mais c’est évidemment politique, un choix entre Charybde et Sylla, affiché. Le Danemark n’y est jamais rentré grâce à la puissance des réseaux écologistes. L’Autriche, c’est la même chose.

Mais c’est plus facile pour les pays qui n’y sont jamais rentrés de confirmer leur décision plutôt que pour ceux qui souhaitent en sortir, sachant qu’il y a des considérations économiques et industrielles très importantes. Mais il y a clairement une singularité française qui tient à cette invraisemblable spécialité d’avoir mis tous ses œufs dans le même panier.

CV : Économiquement, justement, les différents rapports et scenarios publiés, peuvent être très contradictoires. Comment faire la part du « vrai » et du « faux » en la matière ?

PP : Les scenarios énergétique, c’est comme une recette de cuisine. Quand quelqu’un souhaite faire un gâteau, il peut décider de faire un gâteau au chocolat très crémeux et très sucré. D’autres, au contraire, vont enlever le beurre parce qu’ils veulent manger léger. Un scenario, c’est un peu ça. Il dépend fortement des hypothèses de base considérées. Par exemple, la question de la consommation énergétique future est l’un des hypothèses de départ fondamentales. Peut-on tabler sur la capacité du politique à induire des consommations moins énergivores, à changer les systèmes de chauffage, à mieux isoler ? Typiquement, quand il s’agit de prendre une position sur cette hypothèse fondamentale de départ, le scenario de l’Union française des électriciens démarre en disant que même les engagements du Grenelle en matière de réduction de la consommation énergétique ne sont pas crédibles. Le scénario de consommation d’électricité n’a rien à voir avec d’autres scénarios. Au bout du compte, le rapport de l’UFE conclue que le nucléaire est indispensable… Ce n’est absolument pas une surprise, au vu des hypothèses d’évolution de la consommation qu’ils privilégient.

A contrario, si l’on part sur des hypothèses tablant sur la réalisation d’un réseau intelligent pour maximiser l’usage des énergies renouvelables, sur des politiques résolues de réduction de la consommation qui seraient pertinentes parce qu’elles créeraient un grand nombre d’emplois non délocalisables., on obtient des résultats différents Dans ces hypothèses de base, il ya déjà des choix de politiques économiques ! Elles peuvent être justifiables et soutenues par d’autres critères que simplement résoudre l’équation énergétique.

Il y a aussi des divergences sur le coût du maintien d’une centrale en termes de sécurités et de mises aux normes, en sachant qu’au bout de 40 ans, on estime que les risques sont difficiles à calculer… Car, par exemple, on peut presque tout changer dans une centrale, mais pas la cuve en acier, qui a des micro défauts et qui subit l’usure de la radiation. Au bout d’un moment, il n’y a pas de critères objectifs pour affirmer qu’un matériel pose ou ne pose pas de problème. Il n’y a aucune moulinette technique qui donnerait la réponse « exacte ». Le choix de prolonger une centrale au delà de sa durée de vie prévue est donc aussi éminemment politique.

CV : C’est une question de priorités ?

PP : Exactement. Tout dépend aussi des priorités qu’on se donne. Pour l’Union française des électriciens, la priorité, c’est clairement l’économie. Or, prolonger les centrales, c’est évidemment rentable, puisque les centrales sont déjà amorties financièrement. Mais ça se fait clairement au prix de la sécurité. Une fois pondéré un certain nombre d’hypothèses et de priorités au départ, les résultats peuvent être diamétralement opposés. Ce n’est pas une question d’honnêteté intellectuelle, c’est une question de convictions. Il y a des gens qui considèrent que c’est l’économie qui prime et que l’on sait prolonger les centrales au delà de 40 ans. D’autres scenarios disent que, par prudence, on s’interdit au delà de 40 ans. C’est une position de précaution. Et c’est là que des choix sont possibles. Comment réduire la consommation ? Peut-on construire plus d’éoliennes ?

La commission 2050, mise en œuvre par Eric Besson pour évaluer les scénarios énergétiques à l’horizon 2050, a conclu sans surprise qu’il fallait garder le nucléaire. Mais, les gens qui siégeaient dans cette commission étaient évidemment en faveur du nucléaire. D’ailleurs, plusieurs spécialistes, plutôt anti-nucléaires, ont refusé d’y siéger, sachant que les dés étaient pipés. Or, la décision politique, c’est choisir entre le critère économique et le critère de la sûreté. Veut-on être le Président qui verra advenir un Fukushima sur Rhône, ou un Fukushima sur Rhin ? La Commission a quand même accepté d’envisager le scenario Négawatt qui est un scenario qui table sur la diminution drastique de nos émissions de CO2 et la sortie du nucléaire. Mais elle a décidé que ce n’était pas crédible, car trop radical.

Mais la question demeure : c’est quoi un projet de réduction de la consommation crédible? C’est quoi un projet nécessaire? Le Japon a trouvé ce que c’était : en 6 mois, ils ont réduit de 20% leur consommation électrique. C’était un projet fait par nécessité, et il est vrai que ce type de réformes radicales est plus facile à mener en temps de « paix nucléaire  qu’après Fukushima. De là à dire que ce n’est pas possible, c’est un mensonge. C’est possible. Ils l’ont montré du jour au lendemain, sans que l’industrie japonaise s’arrête. Ils ne sont pas tombés dans la pauvreté. L’impact sur le PIB va être plus faible que ce que l’on avait anticipé.

CV : Quand on entend la position actuelle de François Hollande ou de Jean-Luc Mélenchon, on a l’impression d’un juste milieu. François Hollande dit qu’il va passer à 50%, d’énergie nucléaire en 2025, qu’il ne va fermer qu’une seule centrale dans les cinq prochaines années.

PP : Je pense que ce sont des positions très inachevées et qui ne sont pas à la hauteur du défi que représente le nucléaire dans nos sociétés. 

Hollande dit grosso modo : « on a trop d’œufs dans le même panier, on va en enlever quelques uns ». Son objectif, c’est d’arriver à 50% d’électricité nucléaire en 2025. Cela pose un certain nombre de problèmes. Déjà, il ne sera plus là en 2025, quand bien même il arrive au pouvoir le 6 mai 2012. En tout cas, d’ici 2017, il ne va en fermer qu’une, c’est Fessenheim. Ça ressemble beaucoup à la verroterie que Mitterrand a offerte aux écologistes en ne lançant pas Plogoff. Jospin a fermé Superphénix, qui était de toute façon mal en point économiquement et technologiquement. Fessenheim, c’est la plus vieille centrale, construite sur une faille sismique, avec un radier, c’est à dire un plancher en béton, qui ne dépasse pas 1,50m d’épaisseur. Par comparaison, le radier de Fukushima faisait 8m. Ils n’ont pas la même sismicité, bien sûr, mais s’il y a une fusion de cœur à Fessenheim, créant un mélange infâme qu’on appelle le corium, le radier de Fessenheim est traversé en un jour. Après, c’est la nappe phréatique d’Alsace, qui est la plus grande d’Europe occidentale. Du coup, la position de François Hollande s’apparente à une tradition du Parti socialiste d’offrir de la « verroterie » à son aile verte. C’est une vraie tradition. On fête l’arrivée de la gauche au pouvoir, en offrant un peu de verroterie aux écologistes : dans ce cas, c’est de fermer la centrale de Fessenheim.

Si on pousse le raisonnement, ça n’engage vraiment à rien. J’ai entendu François Brottes, qui est son « Monsieur Énergie », et qui a du bagage sur ces questions là. Il dit, pour résumer, « on verra bien ce qui se passera si notre programme d’économies d’énergie et de production d’énergie renouvelable fonctionne ! » Le problème, c’est que cette éventuelle réussite implique de mettre le paquet dessus, pas d’espérer que la petite graine qu’on a plantée va germer toute seule. Le nucléaire est donc une variable d’ajustement pour les Socialistes. Au bout du compte, ils ne veulent pas décider de l’avenir de la filière. Ils essaient simplement de se positionner sur l’art et la manière de se sortir de ce guêpier que représente l’hégémonie très excessive du nucléaire dans l’énergie française. Ils s’engagent uniquement sur un chemin de réduction faible.

D’ailleurs, on sent bien dans leur discours qu’ils n’attachent pas une grande importance au risque. En effet, si l’on prenait en compte le risque, alors il faudrait fermer les centrales de Tricastin, du Bugey, ou du Blayais qui représentent de grands risques à bien des égards. Ce que proposent les Socialistes, c’est plus un rééquilibrage qui trouve sa justification dans une réflexion de stratégie industrielle et économique, que le résultat d’une réflexion sur la sûreté. 

CV : Que risque-t-il de se passer alors en 2025, selon le scénario Hollande ?

PP : Au bout du bout, quand on arrivera en 2025, se posera la question du « On fait quoi ? » Soit ils en finiront avec le nucléaire parce qu’on aura bien réussi à économiser l’électricité, parce que les renouvelables seront montées en puissance… Mais ils peuvent aussi dire : redémarrons ! Et d’ailleurs, c’est un peu ce qu’ils font en décidant de construire l’EPR. Si on le construit, ça veut dire que la France aura un réacteur qui va tourner pendant 60 ans. Ça nous mène au minimum à 2075 quel que soit l’avenir des autres. Et on nous dira alors, comme on le fait tout le temps : mais dans ce cas, il est important de ne pas mettre à bas la filière du combustible.

La filière électronucléaire joue à merveille de cette argumentation là. L’argument est circulaire : « vous m’enlevez un pied ici ? Mais l’équilibre est bancal, il faut donc rajouter un pied là. » C’est une espèce de jeu dans lequel le nucléaire gagne toujours. Il faut toujours aller plus loin, franchir une étape supplémentaire. Typiquement, récemment, il y a eu une grande revue du fonctionnement des centrales qui implique souvent de devoir changer des pièces. Or, comme la filière nucléaire est très standardisée, il est possible de produire ces pièces en grande série et de faire des économies. Donc, par exemple, on va commander plusieurs dizaines de générateurs de vapeur. Mais, on ne va pas changer plusieurs dizaines de générateurs dans les cinq ans qui viennent. On va les changer au fur à mesure. Et au moment où la question sera de prolonger les centrales, on va dire : « mais ce serait quand même dommage de ne pas prolonger les centrales alors qu’on a des nouveaux générateurs de vapeur prêts à être utilisés ! C’est de l’argent jeté par la fenêtre ! »

C’est la même chose avec le Mox, qui permet de faire 15% d’économie sur l’uranium en le mélangeant ave le plutonium issu des déchets nucléaires. On nous dit que ce n’est pas des déchets, que ce sont des réserves d’énergie, et qu’il faut donc construire les réacteurs de génération IV qui vont nous permettre de consommer ces réserves. Donc on est reparti pour un tour. On justifie la prolongation en s’appuyant sur des arguments circulaires. Or, les politiques commencent seulement à s’apercevoir de cela. Le PS, ce n’est même pas sûr qu’il ait vu ça de manière très précise, ou alors, il commence seulement à le voir. Il commence à peine à se dire qu’on est dans un labyrinthe qui nous fait rebondir d’obligations en sens uniques, toujours en faveur du nucléaire. La pensée unique du nucléaire est dans une construction intellectuelle complètement auto-réalistarice.

Les Socialistes ne vont donc pas jusqu’au bout, puisqu’ils se gardent la possibilité de relancer la filière électro nucléaire avec de nouveaux réacteurs nucléaire (type génération IV, qu’on nous présente comme la panacée mais qui comportent aussi d’autres risques très importants. Ça reste de la fission nucléaire. Donc, les Socialistes ne vont pas aller jusqu’au bout.

CV : Jean-Luc Mélenchon, lui, dit qu’il va faire un referendum, sans vraiment choisir… Pensez-vous que ce soit une stratégie efficace et crédible ?

PP : Quant à Jean-Luc Mélenchon, il s’assied le cul entre deux chaises.  Le problème vient du fait que le Parti de gauche et le parti communiste, qui composent le Front de gauche, ont des positions diamétralement opposées sur le nucléaire. Pour Mélenchon et le Parti de gauche, Fukushima impose de sortir du nucléaire. Les Communistes, eux, tiennent absolument au nucléaire. Ils disent que l’on va renationaliser, que l’on va supprimer la sous-traitance des travailleurs du nucléaire. Ils veulent clairement conserver le nucléaire. Mélenchon, du coup, dit qu’il souhaite un référendum, mais c’est clairement un moyen de ne pas prendre de décision. Ils ne peuvent pas faire autrement parce qu’ils sont divisés.

Quand on regarde partout ailleurs dans son programme, les décisions sont prises. Par exemple, il ne dit pas qu’il va consulter les Français pour limiter de 1 à 20 les écarts de salaires dans une entreprise. Il considère que c’est une décision politique, et que la radicalité politique consiste à exprimer ses idées. C’est même sa spécialité. Donc, là, sincèrement, il trouve une pirouette pour dire que le peuple est souverain, mais c’est un cache sexe. Mélenchon et le Front de gauche ne voient pas plus loin que le bout de leur nez sur cette question. Même le projet socialiste, bien que mou, est plus structuré. Il dégage une voie transitoire. Le projet de Mélenchon, il ne décide rien. Il dit : on va discuter. Ce n’est pas très politique, et c’est une manière astucieuse de gérer leurs divisions.

Cela étant, on voit naître au sein de toutes les forces politiques, des voix qui s’élèvent pour sortir du nucléaire. Bien entendu, les lignes politiques générales changent peu, mais la présence de cette opposition vocale est une nouveauté. Aujourd’hui, le débat existe à l’intérieur du Parti socialiste, et c’est déjà un grand progrès, parce que le PS sera nécessairement pivot sur cette question.

Propos recueillis par S P.



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