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Le buzz de la planification écologique

C’est le buzz du moment. Le coup qui va avec le traditionnel troisième homme de la présidentielle française : en 2012, la planification écologique.

Enième avatar, énième tentative de contournement. Le vieux monde résiste, rideau de fumée après rideau de fer. Mais restons lucides : la planification écologique est au marxisme ce que le développement durable est au capitalisme. Certes le résultat d’une prise de conscience face à un problème essentiel global (le dérèglement climatique, la fin des énergies fossiles, la folie nucléaire…), inenvisagé à la naissance des deux modèles. Mais une réponse désespérée pour survivre un peu plus longtemps.  A l’arrivée : deux oxymores, deux contradictions.

 

Capitalisme et marxisme sont au bout du rouleau

Nés tous deux au XIXème siècle, adultes au cœur du XXème, capitalisme et marxisme sont au bout du rouleau, comme le monde qu’ils laissent aux générations futures. Industriels et productivistes par essence, tous deux portent le mythe de la soumission de la nature par l’homme, de la production quasi infinie de biens matériels, de techniques, d’infrastructures. On produit, on consomme, on planifie. Firme ou Etat. Ce n’est pas un hasard si l’écologie politique a été fondée par la convergence de mouvements d’émancipation : féministes, tiers-mondistes, pacifistes et non violents, citoyens du monde, socialistes autogestionnaires, défenseurs des droits des minorités humaines et de la nature… L’écologie politique est un profond mouvement libérateur.

 

Le Vietnam, Prague et Stockholm

Rappelons-nous : en mai 1968, un vaste mouvement émancipateur parcourait plusieurs pays dans le monde. A Paris, on se souvient de la Sorbonne et de Cohn-Bendit. La même année, les Etats-Unis étaient en guerre au Vietnam et les chars soviétiques entraient dans Prague. Le rapprochement n’est pas caricatural, ni anecdotique. Quatre ans plus tard, le rapport du club de Rome précédait le premier sommet de la Terre à Stockholm : nous découvrions de manière sensible et comptable la finitude de la planète et la responsabilité des deux grands modèles productivistes en place dans la destruction des écosystèmes. Deux ans plus tard encore, c’était la première campagne électorale écologiste en France, avec René Dumont.

 

L’écologie politique n’est ni le développement durable, ni la planification écologique.

Car l’originalité est là. L’écologie politique est depuis près de trente ans un nouveau paradigme. C’est à dire une représentation du monde, une manière de voir les choses, un modèle cohérent qui ne peut être confondu avec un autre. Née de la prise de conscience des impasses des modèles capitalistes et communistes issus de l’ère industrielle, l’écologie politique n’est ni le développement durable, ni la planification écologique.

Ceci étant dit, tous ceux qui y viennent passent par de multiples chemins. Chacun de nous peut en témoigner. Prenons acte que lorsque Jean-Luc Mélenchon déclare : « L’écologie politique est le nouveau paradigme organisateur de la gauche », c’est une évolution importante. Ne doutons pas de sa sincérité. De même, lorsque Corinne Lepage déclare  « l‘écologie politique répond au défi du 21ème siècle, on ne pourra répondre à la crise du système que nous connaissons qu’avec les outils de l’écologie politique »,  nous ne pourrions dire autre chose. Mais à l’un comme à l’autre manque peu mais l’essentiel : le dernier pas, sans doute le plus dur. Le détachement définitif des vieilles matrices.  La mue.

 

La radicalité de l'écologie politique

Car soyons clairs : repenser la production et l’usage, repenser le rapport de l’homme à l’outil, entraînent un changement radical de nos modes de vie : eh oui, l’écologie politique est bien plus radicale au sens racinaire du terme que la planification écologique ou le développement durable.  La réduction de la production, l’allongement de la durée de vie et l’usage coopératifs des biens matériels tournent le dos au modèle industriel des XIXème et XXème siècles. Ils ne peuvent plus avoir pour finalité le profit financier. Réponse au dérèglement climatique, à l’épuisement des ressources fossiles, aux leurres et aux dangers des fantasmes nucléaires et « biotech », la mise en oeuvre de ce nouveau modèle exige le dépassement des Etats-nations tout autant qu’une décentralisation (une démocratisation de fait) la plus poussée possible des initiatives et lieux de décisions. Loin, très loin des Etats jacobins. La transition écologique est trop complexe à mettre en œuvre pour se réduire à une vision "verticale", elle ne pourra réussir qu'en mobilisant toutes les sortes d'énergies locales au plus près du terrain, qu'elles soient institutionnelles, associatives, entrepreunariales, citoyennes.

 

Approfondir la mutation écologique

« Planification » et « développement » sont dans le même bateau depuis cent cinquante ans, bateau en train de couler parce qu’ils n’ont pas vu l’iceberg. Il est grand temps d’arriver au port, de changer d’embarcation et de destination.

De plus en plus nombreux sont celles et ceux qui venant des deux anciens modèles ont rejoint les partis écologistes à travers le monde. Daniel Cohn-Bendit le rappelle : « Personne n'est génétiquement écologiste, on vient tous de quelque part. » Venant du marxisme, des élus comme les Franciliens Jacques Perreux (conseiller général du Val-de-Marne), Daniel Bruillier (maire d’Arceuil) ou Stéphane Gatignon (maire de Sevran) ont rejoint la dynamique de l’écologie politique en 2010.

Reconnaissons que certaines composantes du Front de gauche convergent vers l’écologie politique : le Parti de gauche (PG) venu du PS, la Fase venue du PC...  Mais pour l’instant, comme le reconnaît à son tour Corinne Morel-Darleux, secrétaire nationale du PG : « La notion de planification écologique est le résultat de la confrontation entre républicains, socialistes et écolos ». Un compromis donc. C’est déjà ça, mais ça ne suffit pas. Espérons la mue, attendons les femmes et les hommes. Peu importe l’ordre d’arrivée : il n’a aucune importance dans un modèle qui exclut les notes et substitue la coopération à la compétition.

 

"Nous n'avons plus le droit aux mirages"

En attendant, adressons-nous aux électeurs pour un scrutin présidentiel aussi éloigné qu’il se peut de l’écologie politique (« la rencontre d’un homme avec un pays », pour nous qui n’aimons ni la personnalisation ni la nationalisation des pouvoirs). Adressons-nous à celle ou celui plongé dans un monde de com, attiré par les nouveautés. Terminons ainsi par cette adresse – qui nous concerne tous cependant par son évidente exigence – de l’écologiste Fabrice Nicolino parlant de la planification écologique : « La situation du monde s’est tant aggravée que nous n’avons plus le droit de suivre une fois encore des mirages ».

Benoît Ducasse (12/4/2012)



Autre point de vue sur le même sujet : http://blogs.mediapart.fr/blog/alainlipietznet/110412/lecologie-de-jean-luc-melenchon

 

A lire également : Pourquoi je voterai EELV et pas Front de Gauche ?

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