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La gauche, le nucléaire et les écologistes

Le nucléaire comme énergie bon marché et sans risque est un mythe. Depuis quarante ans  les écologistes le clament haut et fort. En 2012 l'apparent consensus de la classe politique française sur le nucléaire semble se fissurer, où certains se rendent compte que les allumés anti-productivistes du Larzac ou du Bugey en 1971 n'avaient peut-être pas tout à fait tort. Alors que la droite continue de prôner le statu quo, pour certains partis de gauche une prise de conscience est amorcée. Mais il y a encore du chemin à faire....

Avril 1971 en Alsace, 1500 écologistes marchent sur Fessenheim pour s'opposer à la construction de la première centrale nucléaire française, en juillet ils sont 15 000 au Bugey en Rhone-Alpes où est prévue la construction d'une deuxième centrale. Dans la campagne présidentielle de 2012 Eva Joly affirme la nécessité de sortir du nucléaire et elle est soutenue par ceux qui depuis 41 ans affirment qu'on aurait jamais du y entrer.

Le "tout nucléaire", un choix jamais débattu
Depuis 71 on a construit en France 58 réacteurs nucléaires et 22 d'entre eux seront obsolètes d'ici dix ans, tous le seront en 2030, comme l'est celui de Fessenheim aujourd'hui. Trois accidents nucléaires majeurs (Three Mile Island en 1979, Tchernobyl en 1986 et Fukushima en 2011) ont montré au monde entier le risque majeur que fait peser l'industrie nucléaire civile sur des millions de vies humaines, sans parler des programmes nucléaires militaires. Depuis 40 ans les écologistes s'opposent au choix qui a été celui de la France à partir du choc pétrolier de 1973, le choix du « tout nucléaire », un choix unique et sans équivalent dans le monde. Initié par la droite, l'objectif de produire une éléctricité à 78% d'origine nucléaire n'a pas été remis en cause par la gauche socialiste ou communiste. Il a été atteint dans les années 90.

Le vieux consensus "droite-gauche"
Le débat droite-gauche, voir même gauche-gauche s'est longtemps résumé à des choix de financement : l'Etat devait-il continuer à prendre en charge seul les investissements dédiés à cette industrie à hauts risques ou devait-on confier à des groupes privatisés la gestion des sites nucléaires français. Cédant aux sirènes du libéralisme la gauche comme la droite ont en effet abandonné au secteur privé dans les années 90-2000 la production et la distribution de l'électricité sur le territoire. Devenus multinationales de l'energie ces groupes privés (EDF, AREVA) exportent allègrement un savoir-faire français en matière nucléaire et nous devrions tous en être fiers, parce que comme notre président-candidat Sarkozy nous le répète fréquemment, le nucléaire c'est l'avenir.

Où en sont les partis de gauche après Fukushima ?
Après Fukushima les réponses d'une certaine gauche à la politique du gouvernement  semblent au moins aussi obsolètes que la centrale de Fessenheim.

Le parti communiste aujourd'hui intégré dans le front de gauche continue à marteler que le nucléaire c'est sûr si c'est contrôlé par l'Etat (ils ont oublié Tchernobyl ou quoi ?) . Pierre Laurent  actuel secrétaire général réclame ainsi la recréation d'un « pôle 100% public de l’énergie comprenant EDF, GDF, Areva et Total ». Nathalie Artaud jeune et enthousiaste candidate de Lutte ouvrière continue d'afficher ainsi les  priorités de son mouvement : "À la question « faut-il sortir du nucléaire ? », je réponds qu’il faut sortir du capitalisme." Et en attendant le grand soir, on fait quoi ?

A la veille de nos élections présidentielles le réseau « sortir du nucléaire » et Greenpeace ont interrogé les candidats et on mesure le chemin qu'il reste à parcourir à gauche vers la sortie du nucléaire. [1]

Le NPA propose de sortir du nucléaire « en dix ans maximum », scénario formidablement  ambitieux et qui a le mérite d'être radical.

Le Front de gauche ou le grand écart
Le Front de Gauche reste sur le nucléaire empètré dans ses contradictions. Porté par une alliance du PC  historiquement pro-nucléaire avec le Parti de Gauche membre du réseau « sortir du nucléaire », le candidat Mélenchon a du ménager la chèvre et le chou pour ne rien dire du tout au final. En page 14 de son programme : L'humain d'abord on peut lire : « Nous proposerons un débat public national immédiat sur la politique énergétique en France. Ce grand débat devra permettre la remise à plat des choix énergétiques et du nucléaire et préparer le remplacement des énergies fossiles. Il se déroulera sous contrôle citoyen de l’information jusqu’à la prise de décision et se terminera par un référendum.»  Posture populiste s'il en est : si un sujet vous paraît trop complexe ou vous embarasse renvoyez-le au jugement populaire ainsi vous maintenez l'illusion d'avoir réponse à tout. Mais sur ce point le candidat Mélenchon a du mal à cacher le caractère purement opportuniste de son alliance avec le PC.

Et les socialistes .... ?
Les primaires ont donné lieu à un vrai débat au sein du parti sur la sortie du nucléaire, débat qui n'avait pas vraiment eu lieu depuis les années Mitterand. Martine Aubry et Ségolène Royal se prononçaient en faveur de la sortie du nucléaire mais la victoire de François Hollande a sans doute refermé la parenthèse enchantée. A peine signé en décembre 2011 l'accord EELV-PS en prévision des législatives semblait être enterré par le candidat Hollande. Le pragmatisme du champion de la synthèse l'oblige à maintenir l'engagement de passer de 75 à 50% la part du nucléaire dans la production d'électricité mais tiendra-t-il sur la fermeture des 24 réacteurs d'ici 2025 ? Restera-t-il attaché au très polluant « retraitement » des déchets à La Hague, et à la production du MOX, dangereux combustible contenant du plutonium ? Le lobby du nucléaire a encore ses entrées au PS. Les socialistes ont bougé sur la question du nucléaire et il faudra bien qu'ils bougent encore surtout si une majorité de Français leur accordent leurs suffrages en avril.

Le seul vote utile contre le nucléaire reste encore le vote pour Eva Joly.
Elle considère qu' à l'échéance de 2030 on pourra avoir fermer le dernier réacteur. Sa démonstration est aussi réaliste qu'efficace : le coût (évalué par la cour des comptes) de la cure de jouvance et de la maintenance de nos centrales nucléaires actuelles (60 milliards d'Euro) est presque aussi élevé que le coût d'une transition energétique vers les energies renouvelables (70 milliards d'Euros). Une vraie transition énergétique serait par dessus le marché créatrice d'au moins 500 000 emplois.  Il faut une bonne fois pour toute sortir du nucléaire et donner la priorité aux energies renouvelables tout en opérant une véritable révolution dans nos modes de vie par de vraies économies d'energie.

AS

 

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