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L'immigration : Histoire, réalités, fantasmes

 

Municipales aidant, ce sont toujours et encore les mêmes "sujets" que certains à droite, mais aussi à gauche il faut le reconnaître, ressortent et maltraitent depuis des lustres. Alain Monteagle, conseiller municipal EELV de Montreuil et délégué aux affaires générales, aux Cultes et à la Mémoire - et surtout féru d'histoire du XXème siècle revient sur "la" question de l'immigration.

 

Souvenons-nous : en 1938-39 500 000 réfugiés républicains espagnols arrivent en France où ils sont immédiatement parqués dans des camps si punitifs que certains y mourront de faim. Cette politique est poussée par les fantasmes des ligues d'extrême-droite alors très actives, qui évoquent des "violeurs de religieuses et des assassins de prêtres". Lesdits fantasmes influencent le ministre français de l'Intérieur, Sarraut, lui aussi républicain et laïc, qui prend la décision de les parquer. Les républicains espagnols, qui désiraient combattre le nazisme, ne sont donc pas disponibles en 1940 lorsque la France est envahie. Pourtant, ils sont ensuite nombreux à s'engager dans la Résistance (les premiers chars de la 2ème DB de Leclerc qui entreront dans Paris en 1944 étaient conduits par certains d'entre eux) tandis que les ligueurs iront à Vichy collaborer avec les nazis. De quel côté se trouvaient donc les valeurs républicaines authentiques ?

 

700 millions d'euros : le coût de la politique migratoire française

Le discours dont nous sommes quotidiennement abreuvés est très proche de celui des ligues d'alors ; il s'accompagnait chez Nicolas Sarkozy d'une politique à géométrie variable (cf. son conflit avec Fillon en 2003). Chez Marine Le Pen, c'est directement au poujadisme qu'il est fait appel. Resucée du pétainisme, le parti de Poujade, dont le père de Marine était député en 1956, était anti-Europe, anti-étranger et pour le France “traditionnelle”.

Face à ces fantasmes, quelle est la réalité aujourd'hui? Certains pays très riches, Norvège, Australie, le Nord de l'Italie avec la Ligue du Nord, se referment par peur des pauvres. Les pays dits "du Sud" sont en mutation et les croissances africaines, asiatiques, latino-américaines font que les discours misérabilistes d'antan ont perdu de leur pertinence – même si ce sont toujours les plus pauvres parmi leurs concitoyens qui tentent d'atteindre l'Europe, ou le sud des États-Unis, au péril de leurs vies. En dix ans, on estime par exemple à 20 000 le nombre de personnes ayant péri dans les eaux méditerranéennes, cherchant à rejoindre l'Italie ou l'Espagne. À l'arrivée en Europe, le système Frontex censé protéger la "forteresse Europe", gère 310 camps de rétention et s'avère extrêmement couteux. Quant à son complément, la politique des expulsions poursuivie en France, elle s'élève à quelque 700 millions d'euros par an. C'est une banalité de rappeler que la présence d'immigrés nombreux – en Suisse, aux USA, au Canada – est, à rebours de ces politiques, un signe de richesse. Enfin, il n'y a pas une situation uniforme, une "menace d'invasion" (Le Pen) mais de multiples cas d'espèce.

 

Des situations très diversifiées

Les situation les plus brûlantes aujourd'hui - populations venant de Syrie, du Niger, d'Erythrée et même d'Europe - sont les conséquences de guerres civiles. Ces situations peuvent être gérées par des actions internationales de protection des populations. Il faut souligner que François Hollande avait proposé la mise en place de dispositifs temporaires d'accueil pour les Syriens avec des moyens beaucoup plus importants que ceux accordés par exemple à l'UNRWA (agence onusienne pour les réfugiés palestiniens). Il fut hélas lâché par les Européens.

Dans les pays durement touchés par des situations économiques, ou d'instabilité civile, rappelons que les anciens pays coloniaux (l'Italie avec la Somalie et la Lybie, la France avec les pays d'Afrique occidentale ou d'Asie du sud-est, par exemple) ont des devoirs particuliers et des responsabilités liés à des siècles de présence et d'actions politiques, économiques, culturelles. On ne peut, par exemple, effacer des décennies d'enrôlement de force de jeunes maliens ou sénégalais dans les armées françaises, des décennies de développement économique florissant dans l'Hexagone grâce au commerce imposé dans nos “chasses gardées” du sud, ni, d'un point de vue plus intime, des siècles de métissage. Les "gaullistes" s'en souviennent-ils?

On évoque souvent les cas très particuliers de la Guyane et de Mayotte, petites (par leur population) enclaves beaucoup plus riches que leur environnement géographique et qui sont soumises à une forte pression migratoire, comme exemple du fantasme de la forteresse assiégée. Mais a-t-on réfléchi aux modalités qui permettraient une circulation harmonieuse des populations habituées à voyager dans ces régions ?

On évoque aussi "l'invasion" des mineurs étrangers isolés qui se précipiteraient en France pour profiter de situations privilégiées, en oubliant qu'ils sont quatre à cinq fois plus nombreux chez chacun de nos voisins, Italie, Espagne, Royaume-uni et que dans leur majorité, ce sont des jeunes qui fuient la guerre et les persécutions dont leurs parents ont bien souvent été victimes.

Existe-t-il enfin un début de réflexion sur les réfugiés climatiques qui seront de plus en plus nombreux au fur et à mesure du réchauffement ? L'OMI, office des migrations internationales, reste pour l'instant très en deçà des enjeux qui sont devant nous.

 

Les leçons de l'Histoire

Si des pays qui ont goûté au poison xénophobe de l'extrême-droite, le Danemark ou les Pays-Bas, sont en train d'en revenir, confrontés aux réalités (comme en reviendra très certainement la Norvège), le discours anti-étrangers "soft" en France est lui aussi fondé sur des contre-vérités. « il faut choisir le haut du panier...les immigrés les plus qualifiés.. L'intégration ça se mérite etc. » On sait que dans un univers mondialisé le "haut du panier" est à l'aise dans tous les pays et se déplace aux gré des situations financières plus favorables, sans trop se soucier des pays où il se pose… pour un temps. C'est le "bas du panier" (comme les Espagnols en 1938) qui reste, qui s'intègre, qui apporte au pays d'arrivée sa force et son énergie. Bien des économistes affirment que l'Europe et la France, en crise, ont parmi leurs chances, la présence d'immigrés.

L'idée de l'aide ponctuelle au départ, soutenue par l'OMI, est illusoire et a largement prouvé son inefficacité. Mais si, par exemple, les pays européens continuent à préférer protéger leur production à prix élevé plutôt que de laisser entrer la production des agriculteurs africains, ils ne doivent pas s'étonner que ce soient ces derniers qui demandent à entrer à leur tour sur leurs territoires. Dans une économie mondialisée, chacun cherche à se faire une place, ou tout simplement à survivre : rien ne pourra enrayer ce phénomène bien naturel. Toute proportions gardées, nos “fleurons” du CAC 40 ne font pas autre chose lorsqu'ils délocalisent leurs productions, construisent des usines en Chine ou cherchent à vendre des EPR en Inde.

En 1933 le succès électoral du NSDAP allemand préalable à la prise du pouvoir, se fit grâce à la conjonction de deux groupes différents : les riches apeurés par les revendications supposées des pauvres (cf. la Norvège, la Ligue du Nord) et les classes dites moyennes démoralisées et destructurées.

Si nous laissons les fantasmes perdurer, craignons en Europe une telle conjonction en 2014-2015.

 



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