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L'écologie : science ou politique ?

 

Le 19 juin 2014, Jean-Baptiste de Panafieu, biologiste et militant a inauguré un cycle d'écolo-formations. Le thème de la soirée : « L'écologie : une science ou une politique ? Les racines de l'écologie politique ».

 

Dans une petite salle de la rue de la Révolution à Montreuil, il y a des militants confirmés, il y a des militants débutants et des sympathisants de longue date.

 

Jean-Baptiste de Panafieu est un scientifique et tout au long de son exposé il a respecté la rigueur qui sied à sa discipline. Il s'est notamment attaché à ne pas donner son avis personnel sur les débats dont il a présenté les enjeux.

 

Le point de départ de cette conférence : les moustiques OGM lâchés au Brésil pour combattre la dengue. Ce sont des moustiques mâles génétiquement modifiés pour être stériles. Cela entraîne la diminution du nombre de moustiques et donc des vecteurs de cette maladie qui a fait 1,3 millions de malades en 2013 et 600 décès.

 

Cette opération a entraîné la protestation des anti-OGM qui affirmaient que l'objectif n'est pas tant de lutter contre la dengue que d'enrichir la société qui les a conçus, Syngenta.

 

Ce débat est un cas typique de la confrontation entre la société, la médecine et la science. Nous retrouvons ce cas de figure dans l'agriculture, l'énergie ou l'alimentation. Ce sont des domaines où les réponses politiques classiques ne permettent pas de trouver de réponses.

 

Jean-Baptiste a enchaîné sur une rétrospective de l'écologie. Tout commence d'un point de vue scientifique par la parution en 1962 de Le printemps silencieux, de Rachel Carson. Cet ouvrage traite des effets du DDT, un insecticide, sur les oiseaux. C'est une des premières prises de conscience du fait que l'enrichissement massif des sociétés occidentales se fait au prix d'une dégradation rapide de l'environnement.

 

En 1970, est créée en France l'association « Les amis de la Terre ». Dans son comité de parrainage figurent de nombreux scientifiques comme Jean Dorst, Théodore Monod et Jean Rostand. A ce moment-là, l'écologie est du côté de la science. Mais très rapidement, elle commence à intervenir dans le champ de la politique. « Les amis de la Terre » et d'autres groupes écologistes soutiennent la candidature de René Dumont à l'élection présidentielle. Ce dernier obtient 1,3% des voix en 1974.

 

Au niveau international, se réalise une prise de conscience magistrale avec la publication en 1972 du rapport « Les limites à la croissance ». Ce rapport du Club de Rome annonçait à terme la pénurie de matières premières, dégradation des sols agricoles, effondrement économique et écologique et une baisse de la population vers 2030. En 2012, un nouveau rapport a été publié, qui confirme à peu près toutes les prédictions de 1972.

 

Revenons à la France. Entre 1982 et 1984, le parti des Verts est créé à partir de plusieurs fédérations elles-mêmes issues ou constituées de quantités d'associations. Ce n'est pas une nouveauté de se préoccuper de l'environnement. Mais la grande nouveauté de ce mouvement c'est l'alliance de l'écologie et de la défense de valeurs telles que la solidarité ou la démocratie. Dès le début, il y a eu deux tendances entre les « environnementalistes » et les « politiques » ; les différences vont bien au-delà du clivage classique entre la gauche et la droite. On a d'un côté un pôle plus orienté vers les questions de la protection de la nature et un autre pôle qui intègre plus d'éléments politiques comme le féminisme, la non-violence, l'anti-militarisme, le tiers-mondisme. En bref, toutes les idées de contre-culture et d'anticapitalisme, mais intégrant toujours les questions écologiques de façon très importante.

 

Dans un deuxième temps, Jean-Baptiste de Panafieu s'est intéressé à l'écologie scientifique en nous donnant tout d'abord une définition : « science du milieu de vie, science des interactions entre le milieu et les animaux, entre les êtres vivants entre eux. L'écologie fait appel à d'autres disciplines comme la zoologie, la botanique, la microbiologie, la géologie, la pédologie (science des sols), la climatologie, etc.

 

L'écologie au sens scientifique s'intéresse à la biodiversité (le nombre des espèces), à l'utilisation des nitrates par les algues d'un lac, à l'action d'un polluant dans un milieu ; mais surtout aux relations entre deux espèces (les chaînes alimentaires), à l'évolution d'un milieu si on supprime une espèce (les grands prédateurs en Amérique du Nord), aux grands cycles géo-chimiques. Dans un sens scientifique, l'écologie s'intéresse aux êtres humains, ou plutôt aux actions des Hommes sur la nature comme la déforestation ou la surpêche, la pollution ou le réchauffement climatique.

 

Cet aspect de l'écologie est passé dans la société par des notions qui sont peu à peu devenues des valeurs, comme celle d'équilibre naturel ou de niche écologique.

 

Enfin, dans un troisième temps, le professeur s'est penché sur l'écologie politique. Cette notion d'équilibre naturel nous montre bien que l'écologie ne peut pas être qu'une science. Il n'y a pas d'équilibres dans la nature mais c'est une idée qui nous séduit car l'inverse nous dérange. On n'a pas envie d'être déséquilibré. On préfère spontanément l'harmonie au désordre.

 

La notion de nature elle-même touche quelque chose de très personnel, voire de presque religieux. Cela renvoie à notre vision de la nature et à notre vision de nous dans la nature. Et cela nous entraîne à nous demander si nous faisons partie ou non de la nature.

 

En conséquence :

 

Est-ce que nous pouvons toucher à la nature ? A-t-on un droit moral sur elle ? Avons-nous le droit de l'exploiter à notre guise? Pour toutes ces questions, il existe des éléments de réponses scientifiques mais cela ne suffit pas. Il y a également des réponses religieuses ou idéologiques.

 

Pour les partisans de l'écologie politique, la protection de l'environnement occupe une place centrale mais il y a d'autres domaines de préoccupations comme les relations hommes-femmes, jeunes-vieux, pays riches-pays pauvres, être humain-nature. Cela s'accompagne de valeurs telle que la solidarité, la démocratie, l'autonomie ou la responsabilité.

 

La crise économique est fondamentalement liée à la crise écologique. Les moyens de les résoudre le sont aussi. Ainsi, il ne faut pas opposer la priorité sociale et la défense de l'environnement. Les questions de précarité énergétique ou de sécurité, les difficultés des agriculteurs sont également des questions écologiques.

 

Jean-Baptise de Panafieu a clos sa présentation avec la question emblématique du loup et des bergers en montrant que les réponses ne sont pas simples. Elles concernent des préoccupation sociales (le maintien d'un élevage en extérieur dans les montagnes), environnementale (défense de la biodiversité) mais que ce débat est lourd de charge affective. Ces dilemmes, sociaux, écologiques et moraux, se retrouvent très souvent dans les questions posées par l'écologie politique. C'est aussi pourquoi les réponses ne sont jamais simples.

 



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