Jump to Navigation

Interview d'Ismaël Touré Kunda

Le Citron Vert - Bonjour Ismaël Touré. Tu es musicien, chanteur, du groupe Touré Kunda, tu es montreuillois, et tu soutiens Ibrahim Dufriche.

Ismaël Touré – Oui, je suis montreuillois, depuis le jour de la libération de Nelson Mandela. J’étais venu chanter à Montreuil pour sa libération et contre l’apartheid. Et je me suis trouvé dans une ville où les gens étaient respectueux, gentils, polis avec moi. Je me suis senti chez moi, et je suis resté.

C.V. - Tu as été bien accueilli à Montreuil.

I.Touré – Oui. Et à l’époque Jean Pierre Brard m’a aidé pour que je m’installe à Montreuil.

C.V.  – Mais aujourd’hui tu soutiens Ibrahim Dufriche

I.T. – Oui. J’ai été contacté par Brard pour être sur sa liste. Mais ce n’est pas ma manière de faire de la politique. Moi, je dis ce que j’ai à dire. On ne me fait pas dire autre chose. Et puis il a été quatre fois maire !

C.V.  – Et Ibrahim Dufriche ?

I.T. – Je l’ai rencontré. C’est un homme comme moi. Il a la même rigueur que moi. Il ne m’a pas demandé d’où je venais. Il ne m’a pas demandé ma carte.

C.V. – Est-ce que tu considères que tu fais de la politique ?

I.T. – D’abord, je fais de la musique.  Moi, quand je joue, je fais en sorte qu’il n’y ait pas de fausses notes dans ma musique. Il n’y a que de l’émotion qui doit s’en dégager. Je m’intéresse à la politique parce que je pense qu’il faut désherber l’espace. Quand l’herbe est pourrie, il faut la dégager. Mais je veux apporter ma pierre à l’édifice.

C.V. – Comment ?

I.T. – Par exemple le 20 mars, au grand meeting d’Ibrahim, je vais le soutenir. Je vais mettre lui et son équipe en exergue pour leur donner du courage.

C.V. – Tu es un chanteur militant ?

I.T. – Je suis témoin de ce qui se passe dans la société. Puisque j’ai la place pour dire ce que je vois, je ne me fais pas prier. J’ai la liberté de m’exprimer dans la musique.

C.V. – Quand même, sur certains thèmes, on peut dire que tu as été militant.

I.T. – C’est vrai. Pour l’apartheid, j’ai vraiment milité. Mais pour le reste, ce sont plutôt des prises de position sociales.

C.V. – Par rapport au droit des femmes ?

I.T. – Oui, par exemple. Les mariages arrangés, ce n’est pas possible. J’ai chanté pour ça.

C.V. – Tu as aussi chanté « Africain à Paris, étranger dans votre ville ». Est-ce que tu te sens toujours étranger en France ?

I. Touré – En fait, je suis partout étranger et partout chez moi. En Casamance où je suis né, la population est très mélangée. On est chez soi, et en même temps un peu étranger. C’est pour cela que je parle six langues africaines. Je peux parler à tout le monde.

C.V. - Qu’est-ce que tu penses de la situation des immigrés en France ?

I.T. – La situation des africains en France, elle est à la fois impardonnable et inacceptable. Mais c’est aussi la faute des immigrés.

C.V. – C'est-à-dire ?

I.T. – On nous a donné la liberté, ce qui est une notion joyeuse. Mais on nous a aidés à mal l’utiliser. On profite de la liberté, et quand on déborde, personne ne vient nous dire « ceci n’est pas normal ». Ce n’est pas la bonne notion de liberté. Chez nous la liberté va avec le respect. C’est encore plus vrai pour les enfants. Quand les adultes perdent le nord, quand ils ne disent pas aux enfants ce qu’ils devraient leur dire, les enfants ne comprennent plus. Et les enfants sont l’avenir de l’homme.

C.V. – Et impardonnable, pourquoi ?

I.T. – Ceux qui nous dirigent, je veux dire les africains, au Sénégal par exemple, devraient faire en sorte que l’on reste chez nous.

C.V. – Tu pourrais préciser ?

I.T. – Tu vois à qui je pense. Je ne veux pas le nommer. Il est parti. Mais les dirigeants africains ne font pas suffisamment ce qu’il faut pour que nous restions chez nous.

C.V. – Au Sénégal, aujourd’hui, vous avez un ministre de l’écologie.

I.T. – Oui. Je le connais. Pour l’instant, il parle. Après, on verra.

C.V. – Et l’écologie ?

I.T.  – L’écologie, c’est une évidence. C’est même une nécessité. Le tri. Le partage. Mais moi, je ne suis pas militant. Je soutiens, j’alerte. C’est tout.

C.V. – Je reviens sur la situation des immigrés à Montreuil.

I.T. – Je sais qu’il y a eu des choses de faites. Mais il y a encore beaucoup à faire. Je vais dès fois manger au foyer Bara.

C.V. - Et alors, ce meeting du 20 mars, de soutien à Ibrahim Dufriche ?

I.T.- Il n’y aura pas que moi. Il y aura aussi mon frère, avec qui j'ai fondé Touré Kunda, mes musiciens, et aussi Tarace Boulba, San Severino, et d’autres je crois. On va faire de la musique en plein air. On va défiler. Ce sera la fête. Moi, cela me plaît de soutenir. Je n’exige rien pour moi.  Mais j’ai obtenu que les quatre intermittents qui vont travailler avec moi soient payés.

C.V. – Est-ce qu’il y a quelque chose que tu aimerais particulièrement à Montreuil ?

I.T. – Puisque tu me poses la question, oui, bien sur. J’aimerais un vrai espace culturel pour tous à Montreuil. Où toutes les musiques du monde seraient représentées. Où on pourrait montrer, faire converger.

C.V. – Ce serait un gros investissement.

I.T.- Oui sans doute. Mais ce serait un vrai rayonnement pour Montreuil. On pourrait l’ouvrir aux musiques populaires, ou même à d’autres formes d’art.

C.V. – Eh bien c’est dit, c’est noté. Je te remercie, Ismaël. Et à jeudi.

 

Interview réalisé le 13 mars pour le citron vert par F.Proust



Main menu 2

Souscrire au Citron Vert - Montreuil RSS
by SEMI-K.