Jump to Navigation

Education : les orientations consternantes de Monsieur Bayrou

Voici donc le programme de François Bayrou en matière d'éducation. Ce document  intitulé « Le réarmement éducatif » et chapeauté par l'inévitable « seul le prononcé fait foi » a été présenté samedi 4 février à la Maison de la Chimie. La lecture achevée je ne peux que confesser, sans la moindre intention de dénigrement, ma consternation devant une telle indigence.

Le titre constitue à lui seul un programme. Foi, réarmement, produire, instruire. Sans doute ne manquera-t-on pas de me reprocher une lecture tendancieuse mais tout de même les mots sont bien là et ils ne sont pas innocents.

Voyons cependant si le texte lui-même confirme ces prémices : il n'est pas possible dans cet espace de rendre compte de toutes les variations sur le thème de l'école, de l'humanisme et de la République. Résumons : Monsieur Bayrou est partisan d'une bonne école dans une bonne république.

Ainsi, dit-il, « rendre l'école à elle même (?), c'est d'abord lui rendre le respect qu'on lui doit ». Si l'on comprend bien il faut faire en sorte que les citoyen(ne)s respectent l'école. La question alors comme toujours est la suivante : comment ? Comment fait-on pour atteindre si un noble objectif ?

Monsieur Bayrou commence par se préoccuper des enseignants. Il les caresse, évidemment pas à rebrousse poil. Non, le statut de 1950 ne sera pas changé car ils travaillent déjà beaucoup ces  enseignants et ils sont dévoués, bien méritants de travailler tant pour de si pauvres salaires. Bref, ce serait bien s'ils votaient pour Monsieur Bayrou.

Car voici en effet une des convictions de Monsieur Bayrou  « comme élève, étudiant, professeur, père de famille, père d'enseignants, admirateurs de professeurs » (!) :

L'enseignement valide c'est celui qui unit les connaissances solides avec une générosité chaleureuse que l'élève sent, que l'étudiant sent et qui leur permet de s'épanouir. Voilà ma doctrine pédagogique (p.6).

« L’effet maître »
Fort bien, mais comment fait-on? C'est très simple. Car après cette première certitude, voici la deuxième : le moyen c'est « l'effet maître ». Autrement dit, mettez un bon maître dans n'importe quelle classe et le tour est joué ! Ce qui est faux mais en outre totalement contradictoire avec les louanges précédentes chantées aux enseignants.

Car cela signifierait que tous les enseignants qui ont des difficultés avec leur classe ne sont pas de bons maîtres. Ce qui est absurde. Tout le monde le sait maintenant, après trente ans de « discrimination positive » : tant que seront maintenues des « classes dépotoirs » (effet classe) dans des établissements « zonés » (effet établissement), les enseignants seront, tous, dans l'incapacité d'assurer la mission que Monsieur Bayrou leur assigne avec quelque désinvolture.

Chacune des trente « orientations » de ce programme appelle la question « comment ?»
Prenons quelques exemples pour le voir :

3e orientation : Il faut refaire de l'école, j'allais dire à tout prix, un lieu d'où la violence est exclue et où le respect est la règle entre élèves et enseignants, à l'égard des enseignants et dans la cour de récréation.

N'est-ce pas une louable intention ? Oui mais comment ? Par la vertu de l'effet maître sans doute ... Mais voyons une autre orientation, la 9e, qui traite de la langue qui est, et on ne peut sur ce point qu'approuver Monsieur Bayrou, « la clef première de la réussite de  l'égalité des chances à l'école comme dans la vie, c'est la langue».

Maîtrise de la langue

Passons sur cette tarte à la crème néo-libérale de l'égalité des chances. En effet, tout dépend et dès  le début de la maîtrise de la langue. Mais alors, comment fait-on ?

9e orientation : « je proposerais que, tant que cela est nécessaire, 50% du temps scolaire à l'école primaire soit consacré à la maîtrise de  […] la langue. »

Pourquoi 50%, se demande-t-on ? Car si l'objectif est de faire prendre un bain linguistique à tous les enfants, et particulièrement à ceux qui ne peuvent le faire dans leur famille, il importe que chaque enseignant, en primaire comme au collège, soit d'abord un professeur de langue, que chaque enseignant quelle que soit sa matière de prédilection, maths, physique ou technologie, participe sans relâche à ce bain de langue.

Il importe pour cela que chaque enseignant rectifie, corrige et attire l'attention sans cesse sur cette langue, sur chaque mot, chaque phrase écrits ou prononcés et il importe bien sûr pour cela que la langue de l'enseignant soit elle-même un modèle à l'œil et à l'oreille des enfants.

Relire Freinet

Enfin, Monsieur Bayrou, quoiqu'ancien ministre de l'Éducation nationale, semble peu au fait de ce qu'il appelle « la question des méthodes de lecture ». Ainsi, dit-il, « celle-ci devrait être tranchée depuis longtemps car le clavier avec lequel désormais toute personne vit, ce n'est pas global... » (!).

Je m'autorise alors à le renvoyer à ce texte célèbre de Célestin Freinet qui, lui, savait de quoi il parlait. Car Monsieur Bayrou semble ne pas savoir ou avoir oublié que l'outil privilégié de C. Freinet était l'imprimerie et que ses élèves composaient leurs texte lettre à lettre comme tous les typographes, ce qui n'est nullement contradictoire avec la notion de globalité, notion non pas inventée mais mise en avant par Ovide Decroly auquel Freinet rend hommage dans ce texte.

Contrairement à ce qu'affirme Monsieur Bayrou ses trente mesures ne sont ni concrètes ni pratiques car elle ne répondent jamais à la question du comment? Il s'en tient au cadre d'une école du 19e et du 20e d'avant la massification, sans jamais remettre en question la structure du quatre quarts (une classe, un professeur, une matière, une heure) ni celle du « je parle, tu écoutes ».

C'est pourquoi je conseillerais volontiers à Monsieur Bayrou, sans la moindre volonté de provocation,  d'aller voir de près le seul programme, celui de EELV, qui répond aux impératifs du présent et du futur, ceux d'une société de la connaissance, certes, mais aussi et de manière indissolublement liée, d'une société de la tempérance.

Nestor Roméro
 

Retrouvez sur Rue 89, Restez assis les enfants le blog de Nestor Roméro, montreuillois, ancien enseignant

 

 

Catégorie: 


Main menu 2

Souscrire au Citron Vert - Montreuil RSS
by SEMI-K.