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Education : François Hollande devrait s'inspirer d'Eva Joly

Après le discours prononcé par  François Hollande à Orléans le 9 février, nous disposons de quelques  précisions sur son projet éducatif mais surtout nous nous retrouvons face à de nombreuses interrogations. Il veut, en effet, non pas réformer l'école mais la « refonder ». Qu'est-ce que cela « refonder » ?

Une dette éducative

D'abord, explique-t-il, il y a une « dette éducative » constituée de tous les échecs des politiques précédentes qui ont provoqué la situation que l'on sait :150 000 jeunes qui sortent de l'école sans diplôme (on ne compte jamais ceux qui sortent avec un diplôme qui ne mène à rien ou à des emplois dont nul ne voudrait pour ses propres enfants) et 40% d'élèves parvenant au collège « avec une trop faible maîtrise de la langue écrite ».

Il faut donc, si l'on comprend bien, apurer les comptes et rembourser cette dette. Soit. Mais n'est-ce pas une curieuse façon que de commencer à discourir de l'école par une métaphore sollicitant le monde de la finance ?

Voyons tout de même ce qu'il en est de cette refondation. Il convient d'abord de donner la priorité  à l'école primaire en  garnissant les établissements avec un nombre de professeurs supérieur au nombre de classes de façon qu'il puisse y avoir, quand la situation le requiert, deux enseignants dans une même classe. La question vient naturellement : pour pratiquer quelle sorte de pédagogie apte à   améliorer la situation ayant nécessité ces deux enseignants ? 

Bien sûr il convient de scolariser, je préfère le verbe accueillir, les enfants à partir de deux ans. Car, à ce propos, il n'est pas inutile de souligner que si des familles ont la possibilité d'avoir recours à une domesticité pour veiller sur leurs enfants, les domestiques, eux ou elles, sont sans recours pour leurs propres enfants.

"Je veux"... oui, mais comment ?

Et il convient aussi de modifier les rythmes scolaires sachant toutefois que les écoliers français ont un horaire supérieur de 20% à la moyenne de l'OCDE. Et sachant en outre, comme le savent les enseignants, que bien des heures sont perdues, gâchées, parce que les élèves n'en peuvent plus d'excitation et d'ennui et que les professeurs n'en peuvent plus de tenter, malgré tout, de  leur apprendre quelque chose. De sorte qu'il ne servirait à rien de raccourcir les vacances, le problème n'est pas là, mais dans l'organisation de la journée dans et hors de l'école.

Pour  le reste l'incertitude domine : qu'est-ce qu'une « évaluation indépendante et incontestable »? « Les pédagogies doivent évoluer », oui mais comment ? Et le socle commun de compétences et de connaissances qui « sera repensé », comment ? Et la formation des professeurs dans des « Écoles supérieures du professorat et de l'éducation », que sera-t-elle ? Et la voie professionnelle, l'apprentissage, le travail manuel qu'il « faut valoriser », comment ? (Il me semble qu'il n'est qu'une manière de « valoriser le manuel », c'est de le rétribuer comme « l'intellectuel ».)

Il ne suffit pas de dire « je veux permettre à chacun de construire ses choix positivement... » car nul ne choisit, par exemple, de travailler à la chaîne dans un abattoir, dans une humidité et une odeur suffocantes pour mille euros par mois. Le mérite alors ? « Car le mérite ne sera pas un héritage. Il doit être un effort, qui doit être encouragé, récompensé... » Comment ?

Le mérite est devenu un héritage

Et le mérite n'avait-il précisément pour mission d'en finir avec l'héritage ? Or le mérite est devenu un héritage, les chiffres le disent : 77,5% des enfants de cadres et d'enseignants obtiennent un bac général alors que ce n'est le cas que pour 35, 8% d'enfants d'ouvriers (L'État de l'école, 2011) pour ne rien dire de l'infime proportion de ces derniers dans les grandes écoles. C'est dire si le mérite s'est constitué en une notion ambiguë qui permet de légitimer l'injustice sociale.

N'en va-t-il pas de même du respect dont François Hollande dit  que « le respect s'enseigne » ? Non, le respect ne s'enseigne pas, il se vit. Ce qui implique et nécessite un mode de vie dans l'école qui permette et favorise l'expression du respect. Et ce mode de vie exclut, non pas l'autorité de celle ou de celui qui, par son savoir, « fait autorité » mais l'autoritarisme hiérarchique, l'autoritarisme de fonction.

De la même façon la création d'un nouveau métier, celui de « chargé de la sécurité et de la prévention dans les établissements qui sont les plus exposés aux violences » ne peut être qu'une mesure transitoire car l'objectif, le seul porteur de justice sociale, n'est autre que celui de résorber progressivement les ghettos sociaux.

François Hollande devrait s'inspirer d'Eva Joly

Enfin François Hollande a bien raison de s'opposer à l'organisation « manageriale » de l'école tant désirée par le néo-libéralisme mais là encore il ne suffit pas de souhaiter que les « enseignants ne soient pas opposés aux chefs d'établissement ». Il faut mettre en place une organisation qui évite cette opposition en instituant, par exemple, la rotation des tâches de coordination administrative et pédagogique, tâches auxquelles prennent part ainsi tous les enseignants à tour de rôle.

Finalement il est fort dommage que le groupe qui travaille sur l'éducation autour de François Hollande ne fournisse pas au candidat des éléments concrets, fussent-il indicatifs, qui donneraient sens à cette « refondation ». Il est regrettable qu'il ne soit question dans ce programme, contrairement à celui d'Eva Joly, ni d'école fondamentale excluant toute « orientation » avant la troisième, ni de pédagogie coopérative, ni de pédagogie du projet, ni de « ville éducative » et de projet éducatif local, ni de parentalité et d'ouverture de l'école. Dommage...

Nestor Roméro

Retrouvez sur Rue 89, Restez assis les enfants le blog de Nestor Roméro, montreuillois, ancien enseignant

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