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Ecologie : La dictature verte des mangeurs de lentilles...

Puisque c'est de bon ton, commençons par taper sur les écolos. Et prenons soin surtout de les tartiner suffisamment pour qu'ils mangent en toute situation. 

 
Quand ils ne sont pas au pouvoir, les écolos sont sectaires, dogmatiques. Ils ne sont prêts à aucune concession. Des khmers verts, qui veulent nous imposer leur vision collectiviste, punitive et liberticide du monde. Des gourous de la décroissance et de la bien pensance. Ils auraient déjà installés une dictature verte si seulement ils arrivaient à se mettre d'accord... Ah ah ah, regardez les se déchirer pour un oui pour un non, tellement extrémistes dans leurs idées qu'ils n'arrivent même pas à trouver un compromis entre eux... Quel manque de réalisme... Chaque écolo est un adolescent rêveur qui vit au pays des bisounours, un utopiste immature agrippé à ses valeurs comme une moule à son rocher... Des irresponsables qui veulent légaliser le cannabis, régulariser les sans-papier, sortir du nucléaire... Ils ne sont pas sérieux... Mais tout ça, c'était avant... Depuis leur entrée au gouvernement, ce sont des traitres, des arrivistes qui ont vendu leurs âmes au diable pour un accord électoral ou un plat de lentilles. Des opportunistes qui ont renoncé à leurs valeurs les plus essentielles pour un strapontin ministériel... Ah ah ah... Ils sont vraiment prêt à tout pour avoir le pouvoir. 
 
Donc je résume : l'écologiste est à la fois dictateur et libertaire, sectaire et arriviste, utopiste et opportuniste. On l'aura compris, au petit jeu de la décrédibilisation (qui permet d'éviter de parler du fond), un nouvel amas a été ajouté au traditionnel gloubiboulga du retour à la bougie et des ponchos en chanvre. A la limite on peut considérer cela comme "de bonne guerre" venant de la droite. Sauf que, ces derniers temps, ce ramassis à la mode est aussi porté par une partie de la gauche. Et c'est là que le bât blesse. Les camarades de gauche qui partagent tout ou partie de ce que défendent les écolos, mais aussi des sympathisants qui ont déjà voté pour EELV, tous hurlent avec les loups et reprennent en coeur la litanie de la presse : "écolos vendus !", sans voir que ce faisant ils sont les idiots utiles des grands groupes qui possèdent cette presse...
 
 
Une ligne, deux stratégies
J'ai écrit dans un article pendant la campagne présidentielle pourquoi il n'y avait à mes yeux que deux projets crédibles et cohérents pour faire face aux crises que nous traversons actuellement : celui d'EELV et celui du Front de Gauche. Deux projets qui d'ailleurs ont beaucoup de points communs. 
 
Les assises de l'écosocialisme organisées récemment par le parti de Gauche, comme les sorties récentes de Jean Luc Mélenchon dans la presse (Rue 89 et Libé par exemple) confirment mon sentiment de l'époque : un changement de paradigme est à l'oeuvre à gauche, les écologistes ne sont plus aujourd'hui les seuls anti-productivistes sur l'échiquier politique. Le PCF, enkysté de longue date dans le productivisme marxiste, est secoué par plusieurs de ses partenaires du Front de gauche (PG et FASE en tête) et finira par bouger ou imploser. Le PS, quant à lui, passe complètement à coté, accroché à sa ligne social démocrate. 
 
EELV et Front de Gauche, non majoritaires suite au 1er tour de l'élection présidentielle, ont choisi deux stratégies différentes. Ne comptez pas sur moi pour vous dire quelle est la bonne, je n'en sais rien. Personne n'en sais rien. Il y a deux options, avec des avantages et des inconvénients des deux cotés. Faut-il, en pleine crise, prendre le risque d'être associé à la politique des socialistes et faire des compromis pour avoir les moyen d'agir ? Ou vaut-il mieux ne pas mettre les mains dans le camboui et attendre le tour d'après ? L'histoire jugera. Ce qui me parait évident en tous cas c'est que la position du Front de Gauche est la plus confortable, la moins risquée, et qu'elle est tout autant stratégique que celle d'EELV.   
 
Des ponts, pas des murs
Le même week-end (17/11/12), pendant que plus de 30 000 personnes, des jeunes, des vieux, des écolos, des anarchistes, des gauchistes, des socialo, défilaient dans le bocage nantais contre le projet d'aéroport à Notre Dame des Landes, 100 000 personnes défilaient contre le mariage Gay en France. Nous verons ce que donnera la contre-manifestation de dimanche, mais la réalité est là. La France est conservatrice, et à vouloir créer des murs plutôt que des ponts entre nous, c'est cette France là qui gagnera. 
 
On peut donc continuer à passer notre temps à se faire des procès en pureté, à se battre pour savoir qui est le plus cohérent. Les uns à hurler qu'il faut pendre haut et court ces traîtres d'écolos avaleurs de couleuvres, des écolos clairement anti-nucléaire, clairement anti-productiviste, clairement anti-aéroport à Notre Dames des Landes qui ne le seraient plus depuis leur alliance au gouvernement avec le PS sur la base d'un accord qui acte ces désaccords. Les autres à se moquer d'un Front de Gauche qui rassemble, en son sein, des productivistes et des anti-productivistes, des pro-nucléraires et des anti-nucléaires, des partisans de l'aéroport à Nantes et des anti, et qui joue les vierges effarouchées en ne faisant pas alliance avec le PS mais en se plaignant qu'ils ne sont pas écoutés... Chacun dans son rôle (au sens théatral du terme), on a de quoi se taper dessus longtemps.  
 
On peut, chacun de son coté, pourrir l'autre jusqu'à ce qu'il s'épuise et qu'on récupère ses électeurs écoeurés, comme ces agriculteurs, le nez dans le guidons, qui luttent pour racheter les terres des uns et des autres pour être le plus gros, le dernier, et qui se retrouvent seuls, dans un no man's land, sans voisins, sans solidarité, sans école, sans poste, sans commerce, sans gare...  
 
Il y a cependant quelque chose d'assez paradoxal à voir des anti-productivistes s'inscrire dans une logique de compétition plutôt que dans une logique de coopération (en conservant chacuns nos spécificités). Il y a quelque chose d'assez pathétique dans ces querelles de chapelles, qui ne feront que des perdants. Notre énergie serait bien mieux utilisée à mener le combat culturel qui est devant nous, pour déconstruire toutes les représentations qui font du "plus = mieux" l'idéologie dominante.
 
 
Éduquons à la complexité
En octobre 2011, la journaliste altermondialiste Naomi Klein s'exprimait devant les indignés New Yorkais d'Occupy Wall Street. Son discours finissait par ces mots : "Nous avons choisi de mener un combat contre les forces économiques et politiques les plus puissantes de la planète. C’est effrayant. Et tandis que ce mouvement grandit sans cesse, cela deviendra plus effrayant encore. Soyez toujours conscients qu’il y a aura la tentation de se tourner vers des cibles plus petites – comme, disons, la personne assise à côté de vous pendant ce rassemblement. Après tout, c’est une bataille qui est plus facile à gagner.
Ne cédons pas à cette tentation. Que cela ne vous empêche pas de vous dire mutuellement les choses. Mais cette fois, traitons-nous les uns les autres comme si on prévoyait de travailler ensemble, côte à côte dans les batailles, pour de nombreuses années à venir. Parce que la tâche qui nous attend n’en demandera pas moins..."
 
En tant que militant écolo, j'ai la douloureuse sensation actuellement que ce sont ceux qui sont assis à mes cotés qui me tapent dessus. Appel aux forces vives anti-productiviste : ne perdons pas de vue l'ennemi et gardons-nous de toute attaque qui affaiblirait notre camp. Camarades, qu'on ne se trompe pas, l'ennemi c'est le productivisme ! 
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