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Ecodrom : une autre façon d'accueillir nos voisins Rroms

Depuis deux ans, Eva, Colette, Jeanne, Thérèse, Sami, Richard… et quelques autres sont partis à la rencontre les uns des autres. Gadjé d'un côté, Rroms de l'autre : ils ont appris à se connaître et à construire ensemble, par-delà les différences de cultures et le fossé socio-économique. De leurs échanges est née Ecodrom, une association porteuse d'un bel avenir.

 

L'histoire d'Ecodrom, c'est une belle histoire, bien réelle, comme on aimerait qu'il en existe plus souvent. Une aventure avec des hauts et des bas, des difficultés et des réussites ; une somme d'humanité partagée, de mains tendues et de rencontres improbables qui finissent par construire un projet à mille lieux des discours stigmatisants que l'on entend trop souvent.

Une nuit d'octobre 2009, des Rroms installent leurs petites habitations de fortune en face de chez Colette. “De l'autre côté de la rue” - comme s'appellera le film qui leur est consacré et réalisé quelques mois plus tard par la cinéaste Laurence Doumic. Coincés entre une rue et une bretelle d'autoroute.

Colette, qui les aperçoit le matin en regardant par sa fenêtre, découvre la famille : les parents, Sami et Eva, les enfants et un bébé, Michel, qui ne marche pas encore. Elle traverse la rue et part à leur rencontre. « Chez Eva, la mère, il y a une telle envie d'aller vers les autres ! Puisqu'elle nous tend la main, on la prend ! »

 

Une priorité : l'école pour les enfants

Les premières semaines se passent à mieux se connaître. Colette apprend ainsi l'errance qui a amené ces gens à côté de chez elle : Rroms de Roumanie, de la province agricole d'Arad, proche de la Hongrie, ce sont des paysans très pauvres. Partis vers l'ouest pour trouver un meilleur avenir pour leurs enfants, arrivés en France, d'abord à Saint-Denis, puis expulsés et enfin à Montreuil.

Elle commence à répondre aux premières demandes : peut-elle, par exemple, aider la famille à scolariser Samuel, le petit garçon de 10 ans qui n'est jamais allé à l'école ? « Ce n'était pas facile : il fallait d'abord faire vacciner l'enfant ; puis inscrire l'enfant alors que la famille n'avait pas d'adresse… ». Lui qui ne comprenait pas ce que signifiait l'idée de “se ranger en file indienne” pour entrer dans la salle de classe, va apprendre à manier le pinceau puis un stylo, à écrire son nom et bien d'autres mots grâce à son intégration au sein d'un classe pour les primo-arrivants.

En voyant ces liens qui se tissent au fil des jours, les voisins, sensibilisés à leur tour, viennent apporter des objets utiles pour la famille. Le Centre social associatif de quartier, apporte également une grande aide. À leur tour, Thérèse, avocate, puis Jeanne et Richard, des militants convaincus ainsi que des amis de Montreuil et d'ailleurs, rejoignent Colette. Un petit groupe solidaire se constitue, prêt à donner des conseils et filer quelques coups de mains.

Tout n'est pas facile. Un jour, Colette découvre dans le Parisien un article sur le campement Rrom situé en face de chez elle. Le papier évoque une pétition rédigée par certains habitants du quartier qui demandent l'expulsion des nouveaux arrivés : ces propriétaires craignent que leurs appartements ne perdent de la valeur, en raison de la proximité avec cette très grande pauvreté, à portée de regard.

 

Une solution : l'agriculture écologique urbaine

En parallèle, des élus ont été interpellés et sont venus rendre visite à ces nouveaux montreuillois. L'un d'entre eux suggère la création d'une association, pour bénéficier du statut de personne morale permettant de faciliter les diverses démarches. L'idée va bientôt se concrétiser.

En mai 2010, naît Ecodrom. Éco pour “écologie” et drom, du Grec ou du Romanès, qui signifie “le chemin”. Eva et Sami, les parents fréquentent en effet de plus en plus souvent le jardin collectif du quartier et s'intéressent aux techniques employées : « J'ai vu qu'ils s'y connaissaient », remarque Colette. Et si cette famille devenait pionnière du retour à Montreuil d'une agriculture urbaine ? Cette intuition, qui passe pour farfelue au départ, s'impose doucement mais sûrement : dans le contexte français qui rend quasiment impossible l'accès au travail de ces citoyens roumains – qui sont pourtant européens – l'idée de les aider à s'insérer en s'appuyant sur leurs savoir-faire traditionnels semble au final une utopie… tout à fait réaliste.

Parallèlement, des rumeurs d'expulsion de la bande de terre entre les deux routes se font de plus en plus insistantes : il faut songer à s'en aller, une fois de plus. Ce sera l'occasion de s'installer un peu plus loin, dans une minuscule maison envahie par les mauvaises herbes lorsqu'ils arrivent, à l'entrée d'un vieil ensemble industriel laissé à l'abandon.

Et puis, le grand projet prend forme : celui de réinvestir une parcelle (environ un quart) de la ferme Moultoux. Dernière ferme horticole montreuilloise, une partie de ses terres sont en effet en friche depuis une quinzaine d'années. Les membres d'Ecodrom mettent toute leur énergie pour convaincre la mairie que « oui, c'est réalisable ». Ensemble, ils dessinent le cadre du projet, déterminent les objectifs et les méthodes employées, les futures cultures. En septembre 2010, Eva et Sami sont rejoints par une autre famille, expulsée de la Courneuve. Elle s'avère très compétente en agriculture et arrive à point nommé pour assurer la faisabilité du projet. Car la tâche est rude : il y a 850 m2 à défricher !

Un bail précaire est alors signé avec la municipalité, propriétaire de la ferme : commence le défrichage. Puis les semis, la construction d'une serre, le système de récupération des eaux pluviales, les opérations de paillage autour des premières pousses, la mise en place d'un système de compostage. Cette friche renaît grâce au maraîchage écologique et à quelques adultes qui jusque-là ne trouvaient que les bretelles d'autoroute comme points d'accueil en France.

« Expertes en autosuffisance, ces familles Rrom vont démontrer leur savoir-faire paysan », confie Colette. Quant à l'association Ecodrom – au sein de laquelle Gadjé et Rroms siègent à part égale au conseil d'administration – elle démontre bien plus que çà : « Que l'on peut faire autrement avec les gens que d'être toujours dans la méfiance, dans la défiance, dans la peur ». Tomates, choux, haricots, oignons, carottes… : les premiers légumes ont été récoltés au cours de l'été 2011. L'aventure agri-urbaine ne fait que commencer.

Reportage photo : Agnès

Un accès au marché du travail presque impossible

Bien qu'Européens depuis le 1er janvier 2007, les Roumains et les Bulgares (et donc les Rroms de ces deux pays), soumis à un régime transitoire, ne bénéficient pas en France des mêmes droits d'accès au travail que les autres ressortissants européens.

Pour accéder à un emploi déclaré, ils doivent en effet trouver un employeur qui commence par accepter de payer une taxe d'environ 900 € à l'OFII (Office français d'immigration et d'intégration) complétée d'un dossier de demande d'autorisation de travail très complexe. De plus, pour être valide, cette demande doit concerner un temps plein. Ensuite… les dossiers sont actuellement traités entre six et neuf mois.

Remplir un dossier, payer environ 900 € et attendre au minimum six mois avant de pouvoir bénéficier du travail de son futur salarié… nul besoin d'être devin pour comprendre qu'en période de crise, les employeurs sont difficiles à trouver ! Ces modalités restreignent considérablement, pour ne pas dire interdisent, l'accès des Rroms au travail.



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