Jump to Navigation

Du miel, des abeilles, et de l'apiculture urbaine

Un apiculteur

Poursuivant mes investigations sur l’innovation sociale et environnementale portée par le dynamisme des acteurs montreuillois, c’est un apiculteur que je rencontre aujourd’hui.

Guy Noel Javaudin est avant tout un homme passionné par les abeilles et le miel. Cette passion ne date pas d’hier puisqu’elle remonte à ses années adolescentes au cours desquelles il eut l’occasion de s’initier à l’apiculture, activité qu’il a pratiquée à titre de hobby pendant de longues années. Jusqu’ au jour où il décida de voler de ses propres ailes, il y a trois ans, pour devenir apiculteur  professionnel.

 

Des ruches à Montreuil ?

On le sait, quelques montreuillois ont installé une ruche au fond de leur jardin, ou sur leur terrasse. On trouve celles de Guy Noël Javaudin sur le site des  murs à pêche, mais aussi sur les toits de France Agrimer, de la maison de retraite de l’avenue du président Wilson, ou encore dans une ancienne friche du quartier Branly.

Et ça marche ! Car le miel produit à Montreuil est de grande qualité  et la production est abondante… Pour Guy Noël Javaudin, Montreuil  est une zone extraordinaire en raison de ses vastes parcs, sans oublier ses avenues et jardins, dont les abeilles viennent butiner les plantes. Et celui-ci d’expliquer que l’apiculture urbaine est particulièrement productive en miels monofloraux. En ville les miellées sont très segmentées, ajoute- t-il. A Montreuil, l’année commence normalement an avril avec les cacias du parc des Beaumonts, puis ce sont les ailantes, suivis des tilleuls, des sophoras du Japon et…du lierre au mois de septembre.

Ajoutons que l’agenda 21 de Montreuil prévoit expressément la promotion de l’installation de ruches dans les espaces publics, sur des bâtiments publics ou dans des espaces privatifs, de même que l’accompagnement des apiculteurs par les services municipaux. L’office de tourisme procède par ailleurs à la vente de la production locale. Pour le service environnement et développement durable, « La découverte du monde des abeilles est un bon vecteur  pédagogique pour sensibiliser à l’arrêt des pesticides et au maintien des espèces en ville. Le miel permet de reconsidérer les notions de production alimentaire locale et urbaine »

 

Elevage

Producteur de miel, Guy Noêl Javaudin se partage entre Montreuil et la Normandie où sont installées certaines de ses ruches. Mais il consacre également une partie de son temps à l’élevage de reines et d’essaims. Il existe en effet un marché important, car la France est très déficitaire en reines depuis les années 80 où suite à des facteurs aussi divers que maladies des abeilles, vieillissement des apiculteurs, arrivée du miel chinois sur le marché, l’apiculture a connu une baisse importante de son activité. Or la France, dont la variété de climats constitue un atout de taille, devrait se situer dans le peloton de tête !

 

Le métier d’apiculteur

En matière d’apiculture, la part d’aléa liée au climat est très importante, et en ce sens cette activité est proche du maraîchage. Si l’apiculture est considérée comme une filière pauvre du secteur agricole,  c’est pourtant une activité intéressante à plus d’un titre, notamment car elle nécessite un minimum d’investissement : Elle est donc accessible à des jeunes qui veulent se lancer. Et les abeilles se reproduisent assez vite. Sachant qu’une ruche produit environ 20 kg de miel/an (attention.. c’est une moyenne qui peut varier entre des quantités allant du simple au double), il  faut environ 400 ruches pour pouvoir en vivre.

Mais loin des images d’Epinal et du chapeau de paille, c’est un métier dur, très manuel -on porte beaucoup- ajoute Guy Noël Javaudin. Lorsque l’activité se développe, il faut souvent investir dans du matériel de levage pour déplacer les ruches pendant les périodes de transhumance.

Contrairement aux apparences, c’est un métier très moderne. Une miellerie, c’est un laboratoire où on utilise un microscope, où on fait de la sélection génétique…L’apiculture peut se développer si elle est pratiquée avec des méthodes modernes insiste- t-il.

 

Une activité de formation en plein essor

C’est  aussi ce qu’il transmet au public du rucher école, association qu’il a créée il y a un peu plus d’un an et qui propose différentes formules pour s’initier ou se perfectionner : des cours annuels qui s’ adressent plutôt à ceux qui veulent en faire leur métier, des journées découverte (notamment pour les familles), des sessions au titre de la formation professionnelle, en particulier  pour répondre aux besoins des agents municipaux.Dans cette activité pour laquelle il s’enthousiaste aussi, Guy Noël Javaudin est secondé par Julie Morel, apicultrice montreuilloise. Il y a une vraie demande, explique- t-il en précisant qu’il a lui -même été surpris par le nombre des inscrits (une centaine) . 

La création du rucher école répond aussi  à la nécessité de promouvoir une ouverture d’esprit et des méthodes innovantes, souvent mêmes jugées un peu iconoclastes par les partisans d’une apiculture à l’ancienne.

 

Environnement

Iconoclaste, son propos l’est parfois aussi ! (précise- t-il  lui- même). Guy Noël Javaudin se méfie ainsi des discours sur l’abeille - et ils sont légions aujourd’hui-  parfois manichéens et truffés de  contre- vérités. Il n’est pas exact de dire que les  abeilles se réfugient dans les villes, et encore moins qu’elles sont en voie de disparition. Si l’engouement dont bénéficient aujourd’hui les abeilles,  présentées comme les sentinelles de l’environnement est vraiment positif, cette  dimension symbolique correspondant au « réveil des consciences collectives » cache parfois d’autres combats.

Pourquoi opposer les paysans et les apiculteurs des villes ? Guy Noël refuse de verser dans une critique aussi simpliste. Il défend les deux mondes et il appartient aux deux.  Dans le bocage normand, il a pu expliquer à ses voisins agriculteurs les conséquences de l’usage des pesticides sur son activité, et le message est plutôt bien passé. C’est la méconnaissance réciproque qui explique bien des antagonismes constate- t-il. D’ailleurs les pesticides ne sont pas le péril numéro un pour les abeilles qui sont davantage menacées par l’augmentation des zones désertifiées. Quand il n’y a plus assez de zones de butinage, la transhumance devient en effet obligatoire.

 

La suite ?

Le bilan qu’il tire de son activité montreuilloise est plus qu’encourageant. L’apiculture urbaine  lui a permis de faire des rencontres inattendues : Ainsi des gamins de quartiers qui ont découvert avec un mélange d’appréhension et de curiosité  que la nature pouvait être généreuse, avec finalement de vrais  moments de partage pour ces jeunes souvent éloignés de la nature.

Avec les entreprises  sur les toits desquelles il a installé des ruches, c’est une autre forme de relation qui s’instaure. Rencontre de deux mondes très différents - la ruche et l’entreprise- ou pas si différents que cela ? Il est en tout cas parvenu à  créer de l’enthousiasme parmi les salariés.  Pourquoi ne pas essayer dans les copropriétés ? suggère-t-il. La buckfast qu’il utilise à Montreuil (une abeille à miel peu agressive), est particulièrement adaptée à l’environnement urbain. Installer une ruche dans un lieu de vie collectif et produire son miel ensemble, c’est toujours une belle  aventure…

Plus d’infos sur le site du rucher école : www.montreuil-apiculture.com

 

Interview réalisée par Lorraine Nicolas le 10 mai 2013

 

 



Main menu 2

Souscrire au Citron Vert - Montreuil RSS
by SEMI-K.