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« Donner aux autres ce que l’on porte en soi »

Questions à Claude Dilain, ancien maire de Clichy-sous-bois qui milite pour que les élus sachent faire preuve d’humilité, d’écoute et rejettent les attitudes arrogantes.

Entretien paru dans le journal Réforme, hebdomadaire protestant d'actualité, et publié sur le Citron Vert Montreuil avec son aimable autorisation.

Vous avez mené un double parcours, de médecin et de responsable politique. Dans quelles circonstances ?

Issu d’une famille modeste, je me suis impliqué complètement dans mes études : j’étais le premier enfant de la famille à suivre un parcours universitaire et je ressentais de façon très vive l’obligation qui m’était faite de réussir mes études. Dans un même élan, je m’inscrivais dans une histoire aujourd’hui bien connue, celle d’une génération très politisée. J’avais presque vingt ans en 1968, mes camarades et moi étions tous passionnés par les débats publics.

Même si je me suis retiré de la vie militante pendant mes études de psychiatrie, je restais particulièrement attentif à la vie de la cité.

J’ai ouvert mon cabinet médical  à Clichy-sous-Bois en 1978 et c’était l’engagement d’une vie : même quand je suis devenu maire, je suis resté médecin. Je recevais les familles, mais je veillais aussi à leur rendre visite, parce qu’il me semble essentiel de savoir comment vivent les gens, de les rencontrer chez eux.

Selon moi, l’engagement politique ne peut être qu’un geste de fraternité, surtout dans une ville comme Clichy-sous-Bois dont la population souffre sur le plan social.

Quelle est votre conception de la fraternité ?

De nos jours, je constate que l’on parle sans cesse d’empathie. C’est bien. Mais je voudrais rappeler que la fraternité républicaine est très proche de la fraternité chrétienne. Elle repose sur l’idée que l’on appartient à une même famille.

Le mot devoir n’est peut-être pas adapté à cette forme d’implication, mais je crois quand même que l’on se doit d’être fraternel quand on a le sentiment de partager un destin commun. Je rappelle que l’idée de fraternité républicaine a vu le jour pendant la fête de la fédération au mois de juillet 1790 : les soldats de la garde nationale avaient inscrit ce mot sur leurs étendards et voulaient défendre l’idéal révolutionnaire en demeurant à leur place, au sein de la société. Comme vous le savez, il a fallu attendre 1848 et la deuxième République pour que notre devise nationale soit complète.

 

De quelle façon avez-vous fait vivre la fraternité en tant qu’élu ?

Durant les années qui ont suivi mon installation à Clichy-sous-Bois, je ne me suis pas mobilisé directement dans la vie locale. J’étais attentif, mais guère davantage. Ce qui m’a fait revenir à l’action publique réelle, plutôt que d’en être simple spectateur, ce sont les déclarations du maire communiste de la ville, à la fin des années 80. Il a tenu des propos racistes à l’encontre des Arabes et des Noirs.(note du Citron : cela nous rappelle certains propos racistes d’un ancien maire communiste de Montreuil à l’égard des Roms !!)

Bien sûr, il n’employait pas ces mots de manière explicite, mais ces propos étaient tout à fait inacceptables.J’ai estimé que je ne pouvais pas rester dans ma tour d’ivoire, mon statut professionnel était assez confortable et j’ai considéré que je devais prendre la parole, agir pour défendre les principes de la République sur le plan local.

A partir de là, ma démarche était-elle fraternelle ? Ce n’est pas à moi de le dire et je ne veux pas me vanter.Mais je suis un peu radical sur ce point : s’engager en politique ne devrait jamais être autre chose qu’un geste  de fraternité parce que cela suppose de donner ce que l’on porte en soi, d’aller vers les autres, de ne pas se situer en surplomb, de ne pas agir avec arrogance ou condescendance.

 

Nous ne devons jamais oublier que lorsque les citoyens vous élisent, ils ne nous placent pas sur un piédestal mais ils nous accordent leur confiance. On a le devoir de s’en montrer digne.

L’actualité nous le montre aussi : quand on oublie la fraternité, d’abord on se met en dehors de la République, puisque notre devise inclut la fraternité, ensuite on se livre à des comportements cyniques où la fraternité n’a plus de place.

Dès lors, on n’est plus capable de vivre que dans la stratégie, plus souvent même dans la tactique - autrement dit dans des interventions de court terme. Cette attitude ne trompe personne, car les électeurs voient bien si leurs élus sont sincères ou non. Je me considère toujours comme un citoyen parmi d’autres, à égalité. Nous sommes des frères.

 

Propos recueillis pour le journal « Réforme » par F. Casadesus

 

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