Jump to Navigation

De l'autre côté de l'urne ou mon baptême d'assesseur

Cette année fut une année d'élections: les présidentielles et les législatives. L'occasion d'inaugurer une nouvelle carrière d'assesseur. J’avais testé le collage d’affiches, je tente le bureau de vote de 7h30 à 22h.

Debout à 6 heures un dimanche matin : brutal.

7h30 : arrivée au bureau de vote. Rencontre avec les autres assesseurs et la présidente du bureau de vote. Prénom, vouvoiement (le tutoiement arrive plus tard dans la journée). Première surprise : on me demande de compter les enveloppes vides. Il faut qu’il y en ait exactement le même nombre que de personnes inscrites dans le bureau. Fastidieux, et difficile pour moi qui suis extrêmement étourdie. Mais je veux faire bonne impression alors je recompte deux fois. Pour être sûre. La politique à Montreuil, c’est déjà assez compliqué alors évitons de nous faire remarquer par des bêtises.

8h00 : ouverture du bureau. Surprise, il y a des déjà des électeurs devant la porte. Ceux qui partent ensuite travailler, ceux qui partent ensuite en week-end. Je prends mes marques : je serai celle à qui les électeurs donneront leur carte d’identité et d’électeur. Mon rôle : dire à haute et intelligible voix le numéro d’inscrit.

9h00 : je m’ennuie, je m’endors, j’ai faim.

10h00 : je fais une pause, je vais boire un café dans la cuisine de la cantine de l’école. Je mange une brioche

11h00 : je m’assieds sur les verres d’eau. Les fesses toutes trempées et pas d’assesseur remplaçant. La journée va être longue.

14h00 : catastrophe. On a fait voter un homme qui n’est pas autorisé à voter. Non, ce n’est pas un criminel multirécidiviste, c’est juste quelqu’un qui a été inscrit dans un consulat ou une ambassade à l’étranger et qu’on a oublié de radier. On appelle la mairie, on appelle le tribunal d’instance. On nous fait parvenir un certificat avec un nouveau numéro. C’est bon, l’erreur est réparée.

16h00 (environ) : scène étrange et marquante. Un homme vient voter accompagné de sa femme qui ne vote pas. Elle veut entrer dans l’isoloir avec lui, ce qui est formellement interdit car le vote est individuel et secret. La présidente du bureau l’interpelle pour qu’elle sorte. Elle fait alors les cent pas dans la salle en se rapprochant petit à petit et discrètement son mari lui montre les bulletins de vote. A un moment elle fait un signe de tête. J’en ai conclu (à tort ou à raison) que ce monsieur ne savait pas lire et j’étais à la fois gênée d’assister à cette scène et en même temps admirative qu’un citoyen français fasse le déplacement et décide de voter avec ce handicap.

Entre 18h00 et 19h00 : presque plus personne ne vient voter. On épuise les banalités entre assesseurs. Je mange un sandwich et reboit du café. Je consulte les estimations de participation et de résultat sur le téléphone. Un sujet inédit pour alimenter la conversation avec les autres assesseurs. Mais ça ne fonctionne pas : la présidente représente l’UMP et la défaite de Sarkozy ne lui fait pas trop plaisir. Le silence s’installe.

Entre 19h00 et 20h00 : on rentre de week-end et on vient voter à toute vitesse.

20h00 : fermeture du bureau de vote. Mon nouveau travail : compter des enveloppes et des signatures. J’explique : on vous fait signer une fois que vous avez voté. Donc, il faut qu’il y ait exactement le même nombre d’enveloppes dans l’urne que de signatures dans le cahier d’émargement. Mais si on se trompe en comptant? Bah on recompte! Et on recompte. Je transpire beaucoup : il nous manque 36 enveloppes. Et on recompte et on recompte. Le stress monte et le ton également. Ça fera l’objet d’une notification dans le procès-verbal et de contrariétés pour tout le monde.

Bilan de la journée : un grand paradoxe. On fait des choses qui paraissent insignifiantes: compte, lire un numéro à voix haute, faire signer dans la bonne case (attention à la bonne case), vérifier qu'on utilise le bon stylo (une couleur pour le premier tour et une autre pour le deuxième). Et pourtant ces petits gestes sont appliqués et solennels. ça peut paraître naïf, idiot ou idéaliste, mais c'est la République en marche. La lutte contre la fraude électorale semble futile en France (quoique pas dans tous les bureaux de vote) mais il faut rester vigilant car la démocratie est un petit animal fragile.

Marie D

 



Main menu 2

Souscrire au Citron Vert - Montreuil RSS
by SEMI-K.