Jump to Navigation

6 mai 2012 : petites histoires vécues

Au réveil ce matin du 7 mai, du soleil pointait à travers les volets. La tête un peu lourde pour avoir levé des verres en l'honneur de cette victoire de François Hollande, je réalise à quel point je l'espérais, à quel point j'avais peur qu'elle ne nous échappe. Hier soir, ce n'était pas “le grand soir” rêvé par certains camarades, mais un grand courant d'air, des ouvertures, l'impression qu'enfin, enfin, nous allions pouvoir faire de la politique sérieusement au plus haut niveau de l'État. Retour sur “mon” 6 mai 2012, ses petites anecdotes et les embryons de réflexion qu'il m'inspire.

 

6 mai. Lever à 6h30. La nuit a été courte, parce que la veille au soir, en me couchant, une (in)explicable excitation et angoisse m'ont empêchée de m'endormir suffisamment tôt. Tant pis, l'adrénaline de la journée sera un excellent palliatif au manque de sommeil.

 

7h25 : en route vers le bureau de vote n° 32, école Danton. Dehors il pleut et ne fait pas très chaud, mais j'opte pour la marche, plutôt que pour le bus. L'air, encore assez vierge d'émanations de gaz d'échappement, est léger des senteurs humides du printemps. Le passage à travers le jardin de l'église est un petit bonheur.

 

7h40. Arrivée à l'école. Alice et les jeunes femmes du bureau ont déjà tout installé et comptent les enveloppes en trop. Elles seront toutes d'une grande efficacité et d'une grande gentillesse tout au long de la journée : merci à elles. Anne, assesseur PS est déjà là et Gert, assesseur EELV, nous rejoint vite. Nous formerons une équipe très sympa tout au long de la journée : ouf ! Ce n'est pas toujours le cas.

Dans le bureau d'à côté, Jean-Pierre Brard, conseiller municipal et député de la circonscription n'a pas daigné – faire semblant de – tenir un bureau de vote. Je trouve çà lamentable. C'est un devoir républicain auquel il semble trouver normal de se soustraire : de quel droit se croit-il au-dessus de ses devoirs d'élu ?

 

8h : ouverture du bureau. Nous sommes prêts, tout va bien. Le premier monsieur arrive. Il est assez âgé. Anne nous apprend que c'est un voisin et que sa femme est très malade. Quand je lui annonce qu'il a l'honneur “d'ouvrir le bal”, il est tout heureux et du coup… s'emmêle un peu dans tous les papiers qui sortent de son portefeuille. Comme d'habitude, une très grande majorité des votants du début de la matinée sont plutôt âgés. Voir très âgés. Très. Je ne peux m'empêcher d'être admirative de ces gens qui, malgré des difficultés physiques parfois évidentes, viennent remplir leur devoir républicain. Certains s'accrochent aux bras de leurs petits enfants, alors que d'autres refusent un coup de mains pour ne pas s'empêtrer avec leurs cannes… mais ils sont là et bien là.

 

11h – 12h : c'est le créneau horaire de l'affluence. Il y a une petite queue. Une jeune femme sort de l'isoloir toute souriante avec sa fille – un bout de chou de 6 ans à tout casser. Comme pour les autres enfants de cet âge, je lui propose de voter. Hop ! Elle glisse l'enveloppe de sa mère dans l'urne, fière comme “un bar-tabac”. La maman signe le registre et elles s'en vont… sauf que sur le pas de la porte, la choupinette se retourne et lance à la cantonade « ma maman a voté Sarkozy ! ». Éclats de rires dans tout le bureau ! Et la Maman toute gênée : « C'est pas vrai ! ». Elles s'en vont rapidement. Tout le monde est en joie. La queue se résorbe rapidement. Mais je me demande : jusqu'à quel point faut-il interdire que les enfants entrent dans l'isoloir avec leurs parents ?

 

12h45 : un jeune homme vient voter. Costaud, super souriant, métisse. Incroyable : il est né à Saint-Pétersbourg ! Depuis le matin, nous avons eu des personnes nées au Vietnam, en Argentine, au Maroc, en Algérie, au Mali, en Turquie, en Serbie, au Congo, en Indonésie, dans toute l'Europe… le peuple montreuillois vient littéralement du monde entier. C'est la France que j'aime : métissée. Celle qui est ouverte sur le monde et qui aime à se retrouver. La France qui se parle et sait rigoler entre voisins, celle qui est tout à la fois fière de ses racines et de son quartier.

 

13 h : ma fille arrive, elle me remplace. Je l'avoue : la voir tenir ce rôle me remplit de fierté et d'émotion aussi. Un sentiment qui a à voir avec celui du devoir accompli en tant que parent – celui d'encourager son / ses enfants à prendre leur place dans la société. Pourvu que ce soit une place qui leur convienne.

 

13h30 : repas en mairie. Le hasard de ces moments où nous nous échappons pour souffler un peu fait que je déjeune en compagnie de Mme la Maire, d'un copain (oui !) du NPA, d'une copine EELV et d'un responsable de centre de quartier. La discussion tourne autour des moyens existants pour aider les personnes en situations de handicap à pouvoir voter en toute autonomie.

 

17h : la tension monte. Les électeurs se raréfient. Va falloir tenir encore 3h. Vite vite vite : pendant que le bureau est vide d'électeurs, je surfe sur les réseaux sociaux. Des potes sur twitter commencent à se lancer dans des comparaisons hasardeuses et plus ou moins drôles… Il y est question du prix du Gouda qui avoisinerait les 52 – 53 €. Oui oui oui … Et puis, tout d'un coup, une « source bien informée » m'envoie cette nouvelle par sms : « l'UMP annule la Concorde »... Quoi ? QUOI ??? Çà y est, ENFIN ???

 

18h - 20h : les électeurs sont de plus en plus rares, mais continuent à venir. La participation au final sera de plus de 71 % dans ce bureau. Avec Hassim, assesseur suppléant PS venu nous rejoindre, nous évoquons, dans les moments de “vide” ce qui a marqué un moment de notre jeunesse : la « Marche des Beurs », des jeunes de banlieue en 1983-84. Puis… sa mise sous contrôle par le PS. Et le début des lois contre le regroupement familial. Je sais bien que l'heure n'est pas à la critique et suis au contraire rassurée de trouver parmi ces interlocuteurs socialistes la même analyse que moi : dans les années 1980, le PS n'a pas été à la hauteur de ce que toute cette jeunesse attendait de la Gauche. Loin s'en faut. Nous n'aurons pas le droit de reproduire les mêmes erreurs. Pas le droit. Certainement pas le temps non plus.

 

20h : Clôture du bureau de vote. On compte, recompte et re-recompte les émargements et enveloppes dans l'urne. Tout va bien. Les comptes sont ronds et le dépouillement se fait dans une ambiance curieusement moins tendue que ce que j'ai pu connaître, mais plus solennelle aussi. Il faut dire que tout le monde « sait », maintenant. Et visiblement, parmi la quinzaine de personnes présentes, toutes sont de gauche. Montreuil est une ville décidément incroyable. 75,71 % de votes pour François Hollande !

 

21h30 : à la mairie. Ultimes signatures en tant que présidente de bureau de vote. Je peux enfin aller… boire un verre ! Et claquer la bise (plusieurs en fait) à tous les amis : les anciens et les nouveaux. Sur tous les visages, un même mélange de plaisir et de sérieux.

« Il » est enfin parti. Lui et ses mensonges, ses revirements, lui sa quête du fric et sa politique en faveur des plus riches qui a appauvri des millions de personnes, lui qui a cassé les services publics, méprisé les corps intermédiaires, les enseignants, les professionnels du soins, les magistrats, les chercheurs, lui et ses discours scandaleux de Dakar à Grenoble, lui et sa phrase « l'écologie sa commence à bien faire » – qui n'est jamais allé à Fukushima – , lui qui a osé espérer s'en sortir en montant systématiquement les Français les uns contre les autres. Lui et ses prises de position pétainistes (le qualificatif est juste, je le pense vraiment, comme Eva Joly). C'est lui qui disparaît enfin de nos écrans radars ! Champagne !

 

24h : à la Bastille. Nous partons en taxi vers la Bastille avec Claire et Halima. Le chauffeur de taxi est heureux comme nous, mais il travaille : il nous demande de faire la fête en pensant à lui. Ouaaaaahhhhh ! Du monde partout, à perte de vue. La dernière fois que j'avais vu çà… nous étions en 1998, champions du monde de foot. CHAM-PIONS du MONDE !

Face aux menaces économiques, sociales, écologiques… le peuple français a choisi majoritairement de se rassembler derrière des valeurs. À commencer par celles de la justice sociale et de la solidarité. Personne n'imagine, au hasard des conversations piochées devant ou derrière nous, que les choses seront faciles. Tout le monde s'accorde pour dire que le « vrai » boulot commence, que nous n'aurons ni beaucoup de marge de manœuvre, ni beaucoup de droit à l'erreur… Mais ce qui a prévalu aujourd'hui, c'est l'envie de batailler ensemble. Pas de désigner des boucs émissaires. Quel immense bonheur !

Mireille Alphonse

Catégorie: 


Main menu 2

Souscrire au Citron Vert - Montreuil RSS
by SEMI-K.